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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/837

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continuant ses observations barométriques. Chaque année, il passait ses vacances à Villers-Cotterets, chez sa tante Prévost ou sa tante Lavoisier [1]; mais il n’y restait pas inactif : il étudiait la forêt de Villers-Cotterets et poussait jusqu’à Lagny, Chaumont, La Ferté-Milon et Château-Thierry ; une autre fois, il visita la Beauce, alla jusqu’à Orléans, Moulins et même jusqu’à Thouars, dans le Poitou. De toutes ces excursions, il rapportait de nombreux cahiers d’observations de minéralogie, de géologie et même de botanique, sur lesquels il jetait ses vues personnelles sur les coquilles fossiles, les terres, les charbons de terre, etc… Son premier travail original date de cette période ; ce sont des recherches sur les différentes espèces de gypse, exécutées en 1766 et présentées à l’Académie dans la séance du 27 février 1765, qui inaugurent la longue série de mémoires dont il devait, pendant trente années, enrichir les recueils de l’Académie. Il examina les nombreuses variétés de gypse (pierre à plâtre), détermina leur solubilité dans l’eau, et fut le premier à expliquer la cause de la prise du plâtre, en montrant que le gypse, par l’action de la chaleur, perd une certaine quantité d’eau qu’il reprend pendant le gâchage, ce qui est la cause de sa solidification. Les qualités maîtresses de son esprit apparaissent déjà dans ce travail d’un jeune homme de vingt et un ans : il n’avance que les faits de l’expérience, et se garde de toute hypothèse prématurée. Après avoir constaté que le plâtre très fortement calciné ne peut plus s’unir à l’eau, il ajoute : « Je pourrais hasarder ici quelques conjectures ; peut-être même parviendrais-je à les rendre probables, mais je les regarde comme déplacées dans un mémoire de chimie, où l’on ne doit marcher que l’expérience à la main. »

Après ce travail, il fut quelque temps détourné des recherches de chimie par des études d’un autre genre. L’Académie, sur la demande du lieutenant de police Sartines, qui offrait une récompense de 2,000 livres, avait proposé en 1766, comme sujet de prix à décerner l’année suivante : Le meilleur moyen d’éclairer, pendant la nuit, les rues d’une grande ville, en combinant ensemble la clarté, la facilité du service et l’économie. Lavoisier résolut de concourir ; dans son mémoire très détaillé, il étudia successivement les lanternes simples à chandelle et à huile, les lanternes à réverbère elliptiques et hyperboliques, la nature des différens combustibles, la forme des mèches, etc., et termina par des expériences relatives à l’intensité de la lumière, comparée à la consommation. Pour rendre sa vue plus sensible aux faibles différences d’intensité

  1. Mme Sulpice Waroquier, mariée à Antoine-Louis Prévost, procureur au bailliage de Villers-Cotterets, était sœur de Jeanne Waroquier, grand’mère de Lavoisier. — Quant à Mme Lavoisier de Villers-Cotterets, c’était également une grand’tante : elle était la femme de Nicolas-Hyacinthe Lavoisier, frère d’Antoine, grand-père d’Antoine-Laurent.