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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/823

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Saint-Lazare. Épouse légitime d’un ouvrier de Paris, elle avait été abandonnée par son mari au troisième enfant. De sa profession, elle était couseuse de sacs, et son budget était bien simple à dresser. A dix sous par sac et à trois sacs par jour (à supposer que les commandes ne fissent pas défaut), cela faisait un salaire quotidien de trente sous. Pour nourrir, loger et vêtir trois personnes, c’était court ; aussi peu à peu avait-elle pris l’habitude de mendier pour joindre les deux bouts. Arrêtée, puis remise en liberté, elle s’était fait reprendre plusieurs fois. Celle-là rentrait parfaitement dans la définition de la loi : mendiante d’habitude et valide. Aussi avait-elle été condamnée par le tribunal à trois jours de prison, et il s’agissait de savoir si elle serait envoyée au dépôt de mendicité ou rendue à ses enfans. Ainsi fut fait. Mais son cas relevait évidemment de la charité publique, et ne faisait que mettre en lumière à la fois la mauvaise organisation et l’insuffisance des secours distribués par les bureaux de bienfaisance. Cette mauvaise organisation et cette insuffisance de la charité publique sont une conclusion à laquelle il est impossible de ne pas arriver également, lorsqu’on voit défiler sous la prévention de mendicité ou de vagabondage des vieillards et des vieilles femmes incapables d’un travail sérieux, des infirmes hors d’état de subvenir à leurs besoins, des malades repoussés des hôpitaux comme incurables ; en un mot, tous les vaincus du combat de la vie, qui devraient être recueillis comme on recueille les blessés sur le champ de bataille, et qu’on laisse au contraire étaler au grand soleil leurs misères et leurs plaies. La première conclusion à laquelle conduit l’étude de la mendicité et du vagabondage à Paris est donc l’insuffisance des secours publics, qu’il s’agisse des malades à soulager ou des indigens à secourir, et malheureusement cette insuffisance ne fait que s’accroître. Le budget des pauvres est en déficit, tout comme celui de l’état ; ses dépenses s’accroissent par reflet d’une administration dispendieuse, ses recettes diminuent par suite de la méfiance justifiée qu’inspire la gestion des nouveaux bureaux de bienfaisance. Pour arriver à rétablir l’équilibre, on est obligé d’entamer le capital et de diminuer les dépenses ou du moins certaines dépenses. C’est ainsi que, cette année, on a vendu des rentes, et sous prétexte de modification dans le système de répartition des secours, on a rayé un grand nombre de malheureux qui étaient inscrits sur les listes des bureaux de bienfaisance. Mais on tourne ainsi dans un cercle vicieux, car, en diminuant les secours, on augmente la misère, et c’est la misère qui alimente en grande partie le vagabondage et la mendicité.

Cependant il faut reconnaître qu’il existe également un assez