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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/807

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puissent entrer l’air et la lumière. Ces violons, déjà si peu aérés, sont complètement empoisonnés, comme tous les autres, par les tinettes. Ils sont de plus tout à fait insuffisans. Du 1er novembre au 31 décembre, il y a eu 247 personnes arrêtées : c’est une moyenne de quatre par jour. »

Si j’ai choisi cette description parmi tant d’autres, ce n’est pas que l’aménagement de ce poste de police soit particulièrement défectueux ; au contraire. Mais, il est parfois curieux de soulever un coin du voile qui cache les dessous de notre civilisation brillante et dissimule à nos regards les misères et les malpropretés d’en bas. Ce poste infect, où des femmes sont entassées, parfois au nombre de dix à douze, dans un espace de quatre mètres carrés, a été installé tout exprès, il y a quinze ans, par un architecte éminent, dans les dépendances du nouvel Opéra.

Rendons cependant justice à qui de droit. Dans ces dernières années, des efforts sérieux ont été faits pour remédier aux principaux inconvéniens signalés par le rapport de M. Bournat. Une organisation mieux entendue du service des gardiens de la paix a réduit le nombre des heures qu’ils sont obligés de passer dans l’atmosphère viciée du poste. Certains violons ont été aménagés à nouveau ; d’autres entièrement reconstruits. Enfin de véritables progrès ont été réalisés, mais il reste encore beaucoup à faire ; j’ai pu m’en convaincre par mes yeux. J’ai en effet sollicité et obtenu l’autorisation de m’embarquer dans une de ces voitures cellulaires vulgairement appelées paniers à salade, qui, trois fois par jour, ramassent les détenus de chaque violon pour les conduire à la préfecture, et j’ai fait ainsi une tournée assez originale à travers Paris, non sans exciter la curiosité de mes compagnons de route, qui me prenaient (je le dis sans nulle vanité) pour un détenu de distinction. Le mode de transport n’est pas très confortable ; les cellules en bois sont un peu étroites pour qui a les jambes longues, et les voisins assez répugnans. Mais il faut savoir payer l’expérience à quelque prix. J’ai pu m’assurer ainsi que certains postes avaient subi d’heureuses transformations, entre autres celui de la rue Drouot, qui, divisé en un assez grand nombre de cellules claires et bien aérées, pourrait servir de modèle. Mais la plupart continuent à présenter les inconvéniens signalés dans le rapport de M. Bournat : insuffisance du local et infection de l’air. En un mot, il y a encore fort à faire, et malheureusement, pour plus d’une raison, la transformation des postes de police de la ville de Paris sera fort lente. C’est à la préfecture de la Seine qu’il appartient de fournir à la préfecture de police les postes et les violons dont celle-ci n’a que l’entretien. Toute transformation ou