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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/801

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conseil ; cependant il peut se présenter une occasion favorable et naturelle de dire votre mot. Vous pouvez d’ailleurs avoir un entretien particulier avec le roi. J’espère que Sa Majesté ne m’en veut pas pour avoir eu quelques petites vivacités avec M. le duc de Nemours, que j’ai du reste fort bien traité. Plût au ciel que tous les serviteurs de la monarchie lui fussent aussi dévoués que je le suis et eussent mes vivacités ! »

« Il est de l’intérêt du pays, disait le général Bugeaud, que mon autorité morale ne soit pas affaiblie. » Elle lui parut, en ce temps-là, menacée, autrement que dans la question des récompenses, par un incident sans aucune portée, mais qui, la malignité publique et la presse aidant, devait prendre en un moment des proportions excessives.

Vers la fin de novembre, le général Bugeaud avait témoigné au maréchal Soult le désir de prendre un congé, afin de pouvoir assister aux discussions des chambres et régler quelques affaires de famille. La demande du gouverneur, soumise par le maréchal au conseil des ministres, fut accueillie sans difficulté ; mais comme il n’y avait en Algérie que des maréchaux de camp, parmi lesquels il aurait été difficile de prendre un intérimaire sans froisser les autres, le conseil décida qu’un lieutenant-général serait envoyé de France, et son choix se porta sur un aide-de-camp du roi, le vicomte de Rumigny, qui avait fait avec honneur, à la suite du duc d’Orléans, la campagne de 1840. « Il demeure bien entendu, écrivait le maréchal Soult au général Bugeaud, le 3 décembre, que le lieutenant-général de Rumigny ne sera qu’intérimaire, et qu’il devra revenir auprès du roi aussitôt que vous serez de retour à Alger pour y reprendre le commandement de l’armée et le gouvernement de l’Algérie. »

Par un caprice du vent et de la fortune, le navire de l’état qui portait la dépêche ministérielle fut détourné de sa route, jeté sur les côtes d’Espagne, et n’entra dans le port d’Alger qu’après le débarquement inattendu du personnage dont il avait mission d’annoncer officiellement l’arrivée prochaine. L’expression de débarquement inattendu n’est pas tout à fait exacte, car les journaux de France avaient annoncé déjà la nomination du général de Rumigny, en y ajoutant même des commentaires qui ne laissaient pas de faire dresser l’oreille au public et surtout au principal intéressé.

L’une des faiblesses du général Bugeaud était une susceptibilité presque maladive, non-seulement aux morsures, mais même aux moindres piqûres de la presse ; or certains journaux, qui voulaient passer, comme d’habitude, pour avoir les informations les plus sûres, laissaient entendre qu’on n’avait pas toujours été satisfait en