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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/79

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M. Desprez, nous fera connaître un jour dans leur ensemble, avec son talent, sa compétence et son autorité, les négociations dont je ne donne ici que des épisodes, et qui ont eu pour point de départ la question embrouillée des Lieux Saints et comme éclatant dénoûment le congrès de Paris.

Le travail que je publie aujourd’hui semble, à première vue, sortir du cadre que je m’étais tracé ; il s’y rattache cependant. La guerre de Crimée, malgré la grande situation qu’elle a value à la France, contient en germe les causes primordiales de nos déconvenues diplomatiques en 1866 et de nos désastres militaires en 1870. Elle a posé la question italienne et hâté la solution du problème germanique en provoquant au sein de la Confédération l’antagonisme des deux grandes puissances allemandes. C’est à ce titre que j’ai cru devoir déserter, momentanément, le champ habituel de mes études, pour remonter le cours de mes souvenirs et retracer le spectacle qu’offrait la Prusse sous Frédéric-Guillaume IV, au milieu d’une grande lutte européenne, aux prises, à l’intérieur, avec les partis, et se débattant, au dehors, dans une neutralité bâtarde, équivoque.

Je me suis attaché, dans ce récit qui a pour nous plus d’un enseignement, moins à l’enchaînement précis, chronologique, des événemens qu’à leur philosophie.

L’histoire a des tristesses, mais elle a aussi des consolations. Qu’il me soit permis, avant de terminer mes travaux sur les origines de la guerre de 1870, — une tâche douloureuse, qui à toute heure me rappelle la perte de mon foyer natal, — de retracer, ne serait-ce qu’en pages rapides, les temps heureux de notre diplomatie.

J’étais second secrétaire de notre légation à Berlin en 1853, lorsque surgirent les affaires d’Orient. Je les vis naître et j’en suivis, au jour le jour, les émouvantes péripéties dans un centre politique de premier ordre, en étroite et affectueuse collaboration avec le marquis de Moustier.

A l’heure où le prince Mentchikof apparaissait à Constantinople avec tout un cortège de généraux et d’amiraux, je me trouvais, par une heureuse fortune de ma carrière, chargé d’affaires. Le premier secrétaire, M. de Gabriac, nommé ministre à Mexico, était parti, et le marquis de Moustier, qui remplaçait le baron de Varennes, n’avait pas encore pris possession du poste où, tout jeune et sans antécédens diplomatiques autres que des souvenirs de famille, il allait rendre à son pays et à l’empire naissant de grands et signalés services.