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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/787

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sous-intendant militaire, M. Massot, avait été surpris et enlevé avec quelques autres voyageurs sur la route de Douéra par des coureurs hadjoutes. Sur les vives instances de la famille du sous-intendant, le maréchal autorisa l’évêque d’Alger, Mgr Dupuch, qui s’intéressait au prisonnier, à négocier son échange. L’évêque écrivit directement à l’émir ; l’émir lui répondit que non-seulement il ne faisait pas d’objection à l’échange, mais qu’il était en disposition d’en étendre et d’en appliquer le principe à tous les prisonniers en général. La question agrandie de la sorte exigea des explications plus amples. Le général Bugeaud confirma l’autorisation donnée par son prédécesseur. Enfin, des deux côtés, on paraissait d’accord, lorsqu’un incident imprévu faillit tout compromettre.

C’était le 18 mai que l’évêque devait se rencontrer auprès de Haouch-Mouzaïa avec le khalifa Ben-Allal ; or ce fut ce jour-là même que le général Baraguey d’Hilliers sortit de Blida pour l’expédition de Boghar. Surpris par ce mouvement, le khalifa se crut trahi ; l’évêque eut toutes les peines du monde à le convaincre de sa bonne foi ; il y réussit néanmoins, et l’échange se fit le lendemain dans le bois des Kareza. Avec quelle joie au cœur et quelle reconnaissance à Dieu le pasteur ramena au troupeau les ouailles recouvrées ! Et quelles bénédictions l’accueillirent quand il reparut dans Alger avec elles !

Moins d’un mois après, le 15 juin, il y eut un second échange. Ce fut au camp du Figuier, près d’0ran, que finirent heureusement leur émouvant pèlerinage ces 55 soldats et ce capitaine partis de Taza, le 13 mai, à la grâce de Dieu. La plupart appartenaient au 3e léger ; ils avaient été pris, le 12 août 1840, près de Koléa, dans une embuscade où 80 de leurs camarades avaient perdu la vie.

Dans ces négociations d’échange, il y avait sans doute, du côté d’Abd-el-Kader, un sentiment d’humanité dont il convient de lui tenir grand compte, mais il y avait aussi un expédient politique. Toujours préoccupé de retenir sous sa main des tribus dont la fidélité lui était suspecte, il faisait répandre partout le bruit qu’il était en arrangement avec les Français, et qu’après la paix faite, il saurait, selon la justice, récompenser et punir.

Le général Bugeaud ne s’y trompait pas. a Sans nul doute, écrivait-il, le 5 juin, au ministre de la guerre, en prenant et détruisant Boghar, Taza et Takdemt, en occupant Mascara, nous venons de frapper un coup moral et matériel qui peut devenir très funeste à la puissance de l’émir ; mais il ne faut pas se le dissimuler, cette puissance ébranlée n’est pas détruite. L’émir a évité avec soin et habileté d’engager son armée régulière ; avec elle et la cavalerie des tribus les plus dévouées, il comprimerait longtemps encore peut-être les dispositions qu’un certain nombre de tribus auraient à faire leur