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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/784

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en effet pour leur malheur, après quoi l’embuscade rejoignit allègrement la colonne.

On suivait la route, ou plus exactement la direction de Mascara ; car de route il n’y avait pas trace. Selon l’habitude constante des Arabes, qui, au lieu de s’opposer à un mouvement offensif, attendent pour se montrer le moment du retour, la nombreuse cavalerie d’Abd-el-Kader ne cessait de harceler par une fusillade, peu meurtrière d’ailleurs, l’arrière-garde et les flancs de l’armée. Près de Fortassa, elle parut d’abord plus entreprenante ; car, ayant gagné les devans, elle occupait une série de hauteurs que les Français devaient nécessairement franchir. Déjà le général Bugeaud croyait tenir cette bataille dont il attendait depuis si longtemps la chance ; vain espoir : dès que l’infanterie eût fait ses dispositions d’attaque, l’ennemi tourna bride et s’éloigna au galop.

Il ne tenta pas plus sérieusement de défendre Mascara qu’il n’avait défendu Takdemt. L’armée y arriva, le 30 mai. La ville, absolument déserte, n’était heureusement pas détruite. Il fut facile d’y trouver des locaux pour l’hôpital, les magasins, le casernement. « Il serait possible, disait le gouverneur, d’y loger 6,000 ou 7,000 hommes, et il serait avantageux de les y maintenir ; la difficulté ne consiste que dans les moyens de les y faire vivre. » Bien qu’il fût devenu sincèrement algérien, le général Bugeaud n’apportait pas encore dans ses conceptions de néophyte la robuste conviction des vieux croyans, tels que La Moricière ou Cavaignac. Quand naguère Duvivier avait assuré qu’à Médéa il saurait « s’arranger » pour vivre : « On ne se décide pas à des actes aussi graves, avait répondu le gouverneur, sur des assurances de cette nature. » Pour Mascara, ses préoccupations étaient au moins égales.

Il y a, sur ce sujet, dans les mémoires si intéressans et si véridiques du général de Martimprey, une anecdote significative. Alors simple capitaine d’état-major, mais chargé du service topographique et gardien de l’Étoile polaire, il avait été invité à dîner, au bivouac de Fortassa, par le gouverneur, avec trois députés en tournée d’Afrique, le colonel de La Rue, aide-de-camp du ministre de la guerre, les officiers du duc de Nemours et ceux de l’amphitryon. « La conversation, toujours animée autour du général en chef, dit M. de Martimprey, eut, ce jour-là, pour texte, la difficulté de faire la guerre dans un pays dénué de ressources comme l’Algérie. Or nous étions campés au milieu de très belles moissons, et nous avions pour sièges des gerbes de blé. Excité à la contradiction par la vue de ces richesses agricoles, je me hasardai à dire que je voudrais bien savoir si les légions romaines ne vivaient pas sur ce pays qu’on appelait alors le grenier de l’Italie. Je n’avais pas fini cette malheureuse phrase que la foudre m’avait déjà frappé. Le général me reprocha