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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/777

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En étudiant le terrain et la disposition de ce qu’on pouvait apercevoir des forces ennemies aux alentours, le général Bugeaud conçut l’espoir de les attirer le lendemain à sa suite et de leur infliger d’un seul coup une défaite décisive. Il fit donc sans tarder le plan de ce qu’il a toujours appelé, avec une complaisance mêlée de regret, « sa bataille sous Miliana. » L’infanterie se prolongeait au-dessus de l’Oued-Boutane, sur les hauteurs de la rive droite, depuis le seuil du défilé jusqu’à 2 ou 3 kilomètres de la place ; derrière elle, dans le fond, étaient massés le convoi et les escadrons de chasseurs. Le soir venu, le gouverneur fit appeler le général Changarnier et lui donna en particulier ses instructions, afin de lui faire bien comprendre la manœuvre qu’il avait décidée.

La composition des deux divisions avait subi quelques modifications ; ainsi le 17e léger avait passé de la première à la seconde, le 58e et le bataillon d’Afrique de la seconde à la première. C’était celle-ci qui occupait la gauche de la ligne ; elle avait pour mission de tenir ferme sur ses positions et de servir de pivot à la droite, qui, simulant une retraite, devait reculer d’abord, puis, quand l’ennemi serait descendu en force dans la vallée, exécuter contre lui un retour offensif. Enfin le gouverneur avait prescrit au colonel Bedeau d’embusquer, pendant la nuit, les deux bataillons du 17e léger dans Miliana, d’en sortir brusquement au signal du canon, de se jeter sur les derrières de l’ennemi et de lui couper la retraite.

Le 3 mai, au point du jour, les troupes de la 1re division étaient rangées suivant les données de ce programme. Tout à gauche, entre le bataillon d’Afrique et le détachement du génie, postés de part et d’autre sur les hauteurs extrêmes des deux rives, le seuil du défilé était gardé par un des deux bataillons du 24e sous les ordres du duc d’Aumale ; l’autre, commandé par le colonel Gentil, se tenait avec le 58e un peu en-deçà des crêtes, et se reliait à droite avec les corps de la deuxième division, tirailleurs indigènes, zouaves et 26e de ligne. En face de cette ligue de bataille, l’ennemi développait la sienne. Dans la plaine du Chélif, la cavalerie arabe s’était rapprochée, prête évidemment à charger la colonne française au débouché du vallon. Sur le versant des montagnes, au sud-ouest de Miliana, on apercevait, derrière les drapeaux d’Abd-el-Kader, trois forts bataillons de réguliers, entre deux grosses masses de fantassins kabyles. Le général Bugeaud évaluait à une vingtaine de mille combattans, infanterie et cavalerie, les forces que l’émir avait appelées et concentrées sur ce terrain.

Entre six et sept heures du matin, les premiers coups de feu avaient été tirés ; les Kabyles commençaient à descendre, et les réguliers suivaient lentement. « Quand j’aurais conduit moi-même toutes ces troupes pour les faire tomber dans le piège que je leur