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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/776

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lettre intime à son père : « Il est impossible de trouver un jeune homme plus aimable, plus gracieux que Henri d’Orléans. Comme lieutenant-colonel, il est parfait : administration, comptabilité, discipline, il s’occupe de tout et, ce qui paraîtra plus extraordinaire, en homme entendu. Il est brave autant qu’un Français peut l’être, et désireux de prouver à la France qu’un prince peut faire autre chose que parader. En expédition, il n’emmène aucune suite et vit avec nos officiers supérieurs. Tout ce que je demande, c’est que le régiment prenne sa bonne part de combats et de succès ; avec un lieutenant-colonel comme le nôtre, personne ne peut rester en arrière. »

Médéa venait de recevoir quatre cent mille rations ; au gré du gouverneur, il en fallait davantage, et, de plus, il y avait à commencer le grand ravitaillement de Miliana. Le 22 avril, les corps, rappelés en campagne, furent réunis à Blida ; le mauvais temps les y retint jusqu’au 26. La colonne expéditionnaire était constituée en deux divisions ; la première, commandée par le duc de Nemours et sous ses ordres par le général Changarnier, se composait du 17e léger, du 24e et du 48e de ligne ; la seconde, ayant à sa tête le général Baraguey d’Hilliers, comprenait les zouaves, le 2e bataillon d’Afrique et deux bataillons détachés du 26e et du 58e. Les tirailleurs indigènes formaient réserve avec le 1er et le 4e régimens de chasseurs d’Afrique, les gendarmes français, les gendarmes maures, un fort détachement du génie et six obusiers de montagne. Pour donner à Baraguey d’Hilliers, qui d’ailleurs était l’ancien de Duvivier, une division active, le gouverneur avait appelé celui-ci au commandement militaire et à l’administration supérieure d’Alger. « Vous avez fait vos preuves dans la guerre d’Afrique, lui avait-il écrit ; d’autres ont besoin de les faire. A chacun sa part de gloire et d’administration. » C’était un commencement de défaveur ; Duvivier en eut un vif ressentiment.

La pluie ayant cessé, le 27, les opérations commencèrent. Le convoi destiné à Médéa y fut conduit sans difficulté, le 29 ; puis, après un jour de repos, la colonne prit, dans la direction de Miliana, le chemin plus court que Changarnier avait déjà reconnu et suivi en 1840. Le 2 mai, à six heures du matin, l’avant-garde atteignit la gorge d’où l’Oued-Boutane amène au Chélif les eaux du Zaccar. Une cavalerie nombreuse se tenait en observation à quelque distance dans la plaine ; on pouvait l’évaluer à neuf ou dix mille chevaux. Pendant que le convoi montait lentement vers la place, un millier de Kabyles se jeta inopinément sur son flanc gauche, qui était mal couvert, et y causa quelque désordre ; mais cette petite échauffourée n’eut d’autre effet que de retarder le déchargement des mulets.