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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/717

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tous les républicains se réuniraient sur un seul nom, en serait-on plus avancé ? Nos tristes affaires seraient-elles plus éclaircies ? Est-ce que c’est la droite qui a fait les embarras de la république, qui a créé cette situation où s’accumulent les ruines morales et les misères ? S’il est une vérité éclatante, c’est que tout le mal est venu de cette politique de prétendue concentration et de radicalisme qui, depuis dix ans, a tout agité, tout brouillé, tout décomposé. Si le nouveau président, peu importe son nom, entre à l’Élysée pour représenter le même système de capitulations et de concessions au radicalisme, la question est tranchée ; ce n’est pas une solution, c’est la continuation et l’aggravation des crises de gouvernement, des conflits stériles, des désordres financiers, des guerres religieuses, des trafics de parti, de la désorganisation, de tout ce qui a ruiné le pays.

On dissertera tant qu’on voudra, on épuisera les tactiques et les intrigues : quel que soit l’élu de demain, la seule solution est une politique qui, sans tenter de vaines réactions, se propose résolument de pacifier les esprits, de remettre l’ordre dans les finances de gouverner avec une libérale équité, d’assainir un peu l’atmosphère de la vie publique. Ce ne serait pas encore facile assurément ; ce serait, dans tous les cas, le seul moyen de répondre aux vœux de ce vaillant et honnête pays de France qui ne s’émeut plus aisément, qui finit même par assister avec un certain scepticisme aux plus étranges spectacles, et ne reste si patient après tout que parce qu’il garde une inépuisable confiance dans sa fortune.

Les affaires de la France ne sont sûrement pas sans avoir quelque retentissement au dehors. Il y a eu des temps où elles auraient en plus qu’un vain retentissement, où les délibérations de nos chambres, les crises de nos institutions et de notre gouvernement, toutes ces choses qui représentent plus ou moins une révolution, auraient remué l’Europe. Aujourd’hui, elles sont suivies avec un certain intérêt hésitant par quelques-uns, si l’on veut, avec une malveillance ironique par d’autres, avec une curiosité assez froide par tous ; elles sont considérées comme les phases d’une crise indéfinissable, sans influence extérieure. On ne se dit pas assez peut-être que, sous cette apparence de trouble et de confusion, il y a une nation toujours vivace, toujours puissante, qui mérite d’être comptée, qui pourrait se ressaisir d’un instant à l’autre, surtout en face d’un péril évident pour son indépendance ou sa dignité. On ne voit qu’un gouvernement en désarroi, des institutions décriées, des partis qui paralysent tout par leurs discussions, et le plus triste, le plus malheureux effet de ces agitations, est d’affaiblir notre pays dans son autorité et dans son crédit, de le mettre, pour ainsi dire, temporairement en dehors des grandes questions qui ne cessent de se débattre, qui intéressent le monde. Ce n’est