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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/687

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On raconte que Glaucon, fils d’Ariston, tourmenté d’une ambition aussi précoce que généreuse, aspira dès sa plus tendre jeunesse à devenir un personnage dans Athènes et quelque chose dans l’état. Il se promettait d’arriver par degrés aux plus grandes charges, d’être avant peu un autre Thémistocle, un autre Périclès. Il n’avait pas encore vingt ans qu’on l’entendait discourir dans les assemblées. Prompt, hardi, décisif, il s’attribuait une compétence universelle, avait une opinion sur les points les plus controversés. Le plus malheureux des hommes est celui qui a un discours tout prêt et qui ne trouve pas à le placer. Glaucon prenait d’assaut la tribune, et les huissiers devaient user ou de finesse ou de violence pour l’en faire descendre. Ses amis lui représentaient en vain qu’il se rendait ridicule, il ne sentait que le ridicule des autres.

Il rencontra un jour Socrate, et Socrate s’appliqua à lui démontrer que la politique est une science, qu’il est encore plus difficile de gouverner une cité qu’une maison, que cela demande quelque étude, une certaine préparation, qu’il est dangereux de discourir d’un ton d’oracle sur des choses qu’on ignore, qu’on s’attire par là plus de blâme que de louanges, plus de mépris que de considération. Bref, Socrate raisonna, Glaucon, le confessa, le pressa si vivement par ses petites questions courtes qu’il lui arracha l’aveu de ses ignorances. Cet adolescent éprouva quelque embarras, son embarras se tourna en confusion, sa confusion en repentir, et il renonça, pour quelque temps du moins, à se mêler des affaires publiques. Cette histoire ressemble à un conte, de fées ; il est vrai qu’elle se passait il y a plus de deux mille ans, et que