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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/660

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continuer à présenter un exemple de la justice divine. Le fléau de l’invasion étrangère, bien plus affreuse sous tous les rapports que l’année dernière, n’es i encore rien auprès de l’immoralité de ce peuple et des dangers qu’elle fait craindre ; personne n’est corrigé ni de son exagération, ni de ses préjugés. » A ce moment, il n’a en vue que bs jacobins, dénomination sous laquelle on confond alors les impérialistes et les démocrates. Mais bientôt les royalistes exagérés, les ultra, les hommes de la chambre introuvable, lui donnent bien d’autres soucis. Les chambres, qui se sont réunies, « quoique composées d’hommes excellens, sont si échauffées dans le sens contre-révolutionnaire, qu’elles exaspèrent l’autre parti, de manière à le pousser au désespoir. » Il est obligé d’avoir plus d’une fois recours à l’empereur de Russie. « J’ose vous assurer, sire, que, sans un langage énergique, sans une volonté formellement énoncée de maintenir l’ordre établi, il sera renversé par des gens qui mettent leurs passions à la place des principes… La fureur des partis ne nous laisse presque que le choix entre les extravagances et les crimes. L’assemblée nous menace sans cesse de nous échapper et de se livrer à un système de réaction qui amènerait infailliblement la ruine du pays et celle de la maison royale. » Il a déjà été obligé de sacrifier Ney, et l’on peut trouver qu’un tel sacrifice, qui devait être si funeste à la dynastie, lui coûte bien peu de regrets. Ses campagnes de 1793 à 1795 sur les frontières de la république et l’exécution du héros de la Moskova, voilà les deux pages qu’il faudrait pouvoir effacer de sa vie. Cependant on lui demande d’autres têtes, et il n’est pas sûr que l’amnistie, si hérissée qu’elle soit de réserves et de réticences, ne soulève pas la chambre ; mais, ajoute-t-il : « Sire, aucune puissance humaine ne peut me faire embrasser un système de persécutions et de vengeances qui doit faire couler des flots de sang et amener la perte de la France et de la famille royale. » Dans ses confidences à Langeron, il est encore plus explicite : « On ne peut se faire entendre des gens avec qui l’on parle qu’en prenant le langage de la passion ; avec celui-là, l’on est sûr de réussir, auprès des femmes surtout, qui se mêlent de tout, et contribuent à entraîner les hommes, même les plus sages. Ce que j’entends ici tous les jours me fait frémir ; les gens de mœurs les plus douces ne parlent que supplices, vengeances, bourreaux. »

La situation de la France était épouvantable : 150,000 soldats étrangers occupaient nos provinces ; les Prussiens surtout s’étudiaient à se rendre insupportables aux malheureux habitans ; nous avions à Paris une sorte de dictateur anglais, Wellington ; on avait dévalisé nos musées, pillé nos arsenaux ; nous n’avions ni armée ni finances ; les impôts étaient écrasons et les réclamations de toute sorte, des puissances ou des particuliers, pleuvaient