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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/656

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C’est en confondant leurs pleurs que gouverneur et gouvernés se séparèrent (septembre 1814).

Lors de son entrée à Paris, une des premières visites d’Alexandre avait été pour la duchesse de Richelieu : « Votre mari m’en veut un peu, lui dit-il, de ne pas l’avoir mené avec moi ; si j’eusse prévu que cette campagne eût une aussi heureuse issue, il serait ici ; mais je vous l’enverrai bientôt. » Richelieu s’en était remis à l’empereur du parti qu’il devait prendre, assuré, disait-il, « en suivant l’impulsion qu’il plaira à Votre Majesté de me donner, de ne m’écarter jamais de la route de l’honneur et du devoir. » C’est à Vienne, en octobre, qu’il revit enfin le tsar. Là encore, ce fut des affaires de la Nouvelle-Russie tout autant que des affaires de France, et bien plus que de ses affaires personnelles, qu’il entretint l’empereur. C’est là qu’il lui remit des mémoires étendus sur toutes les questions d’économie politique qui intéressaient la colonie. C’est à Vienne, puis à Paris, qu’il plaida pour la constitution d’Odessa en un port franc, assurant que c’était le seul moyen de développer les ressources de cette ville, de donner l’essor au commerce de la région, de prévenir la contrebande et, en même temps, le renouvellement de l’épidémie, dont les importations clandestines étaient si souvent le véhicule. C’est là qu’il exposa ses idées sur la liberté du transit à travers les pays entre Baltique et Mer-Noire. C’est là qu’il fit approuver la création à Odessa d’un lycée, c’est-à-dire d’une école destinée à la noblesse, la préparant au métier des armes et assurant à ses élèves certains privilèges. Le lycée, dont la création fut alors décidée, est celui qui porte encore le nom de Richelieu, comme celui de son véritable fondateur.

A Paris, il fut trompé dans l’espoir qu’il avait conçu de rentrer dans ses biens : « Mes statues et mes tableaux mêmes, écrivait-il, placés aux musées du Louvre et des Tuileries, ne peuvent m’être rendus ni payés. Pour de la terre, je n’en possède pas la largeur d’un écu ; cela est un peu triste surtout pour mes sœurs, qui sont bien pauvres. Quant à moi, pourvu que la France soit heureuse, je n’aurai pas le moindre regret. » Mais les autres émigrés, qui éprouvèrent presque tous des déceptions analogues, ne se résignaient pas comme lui. Ce qui l’inquiétait le plus, dès cette époque, c’était l’état moral du pays et l’ardeur des haines de parti :

Le peuple a besoin de repos, écrivait-il à Saint-Priest, et ne demande qu’à être tranquille. Avec un peu plus de sagesse dans un certain parti, un peu plus de modération, de patience, il ne serait pas impossible d’atteindre un but désirable pour tous : celui de raffermissement de la famille royale et, par conséquent, de la tranquillité ; mais il y a, dans notre parti même, des têtes bien chaudes, pour qui les choses ne