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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/60

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celui de Socrate, que le poète représente suspendu au-dessus de la terre, et invoquant les déesses tutélaires des sophistes, les Nuées, dont il croit entendre la voix au milieu des brouillards. Le vieux Strepsiade, ruiné par les désordres de son fils, voudrait bien trouver le moyen de ne pas payer les dettes que le prodigue a contractées : pour cela il l’envoie à l’école des sophistes. « Qu’irai-je y apprendre ? demande le fils.

STREPSIADE : — Ils enseignent, dit-on, deux raisonnemens : le juste et l’injuste. Par le moyen du second, on peut gagner les plus mauvaises causes. Si donc tu apprends ce raisonnement injuste, je ne paierai pas une obole de toutes les dettes que j’ai contractées pour toi. » Sur le refus de son fils, le vieillard se rend lui-même chez Socrate, et bientôt il y apprend à ne plus croire aux dieux. Il rencontre son fils et l’entend jurer par Jupiter Olympien. « Voyez, voyez, Jupiter Olympien ! quelle folie ! A ton âge, tu crois à Jupiter ! »

PHIDIPPIDE : — Y a-t-il en cela de quoi rire ?

— Tu n’es qu’un enfant pour admettre de telles vieilleries. Approche pourtant, que je t’instruise ; je vais le dire la chose, et alors tu seras homme ; mais ne va pas le répéter à personne !

— Eh bien ! qu’est-ce ?

— Tu viens de jurer par Jupiter ?

— Oui.

— Vois comme il est bon d’étudier : il n’y a pas de Jupiter, mon cher Phidippide.

— Qui est-ce donc ?

— C’est Tourbillon qui règne ; il a chassé Jupiter [1].

C’est le nous avons changé tout cela de Molière, et cette bonne dupe de Strepsiade rappelle notre bourgeois-gentilhomme, il ne faut pas oublier qu’il a perdu son manteau et ses souliers : insinuation de vol calomnieuse, assurément, contre Socrate, et qui l’était aussi contre les sophistes.

Après cette parodie des nouvelles doctrines qui substituaient à la royauté divine de Jupiter la domination des lois physiques, le poète met en scène le Juste et l’injuste : tous deux se livrent bataille à coups d’argumens ; le Juste trace le tableau de la vie ancienne, qui se passait au milieu des exercices de la palestre et dans-la pratique de la vertu, avec la pudeur, la modération et le respect des vieillards. L’Injuste étale toutes ses séductions, et c’est à fut qu’Aristophane fait demeurer le champ de bataille, comme s’il désespérait désormais de ramener les Athéniens à la justice :

  1. Voir dans les Oiseaux, vers 467 et saiv., la parodie de la théogonie orphique.