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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/522

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par son père, auprès du vieil Auguste, et faisait à ceux qui lui avaient été alors présentés la politesse de les reconnaître. A la belle comtesse Fleming, la reine de la beauté et de l’élégance, il demandait si elle se souvenait que, encore enfans l’un et l’autre, ils avaient fait des parties de musique, et qu’elle lui avait fait don de sa première flûte. On sortait enchanté de ces entretiens : les dames surtout étaient ravies. — « Attendait-on, disaient-elles, ce terrible Mars sous les traits de cet aimable Apollon ? » — Dans une seule circonstance, Frédéric ne put retenir sa langue ni mettre un frein à la causticité habituelle de son humeur. Ce fut dans une visite qu’il fit à la somptueuse demeure du comte de Brühl. On l’introduisit dans un cabinet où était renfermé un assortiment complet de chevelures postiches : — « Que de perruques, dit-il, pour un homme sans tête ! » — Mais le comte de Brühl comptait beaucoup d’ennemis à Dresde, qui ne furent pas fâchés de se divertir à ses dépens. Enfin, le comble fut mis à la joyeuse surprise du public quand on vit le roi, à la tête de ses généraux, célébrer un Te Deum dans la cathédrale, en actions de grâces de sa victoire, et édifier l’assistance par la convenance de son attitude. — « On ne s’attendait a rien de pareil, nous dit Droysen, d’un prince à qui on avait déjà fait une réputation d’irréligion. » — A partir de ce moment, il fut convenu que c’étaient les intrigues du jésuite confesseur du roi de Pologne qui avaient répandu des calomnies sans fondement contre un des vrais soutiens de la religion protestante.

Les conditions de la paix imposées au roi de Pologne se ressentirent du désir qu’éprouvait son vainqueur de reconquérir la faveur populaire de l’Allemagne. Malgré les conseils de plusieurs de ses ministres et des généraux qui auraient voulu qu’on tirât meilleur parti de la victoire, rien ne fut changé aux termes de la convention de Hanovre, sauf l’addition de 1 million d’écus de contributions de guerre. Auguste n’était plus ni en mesure ni en humeur de refuser le salut et le trône offerts à si bon compte. Son consentement ne se fit pas attendre [1].

Restait à savoir quel parti l’Autriche allait prendre, et si, maîtresse encore d’une armée qui n’avait pas été mise à l’épreuve, elle imiterait sans plus de résistance la soumission de son allié. Plusieurs jours se passèrent dans l’incertitude à cet égard, d’Harrach restant à Pirna, dans l’espoir de recevoir de nouveaux ordres, sans se décider à faire usage et sans même parler à personne des pouvoirs qu’il avait eu main. Mais Frédéric ne parut mettre aucun

  1. Frédéric, Histoire de mon temps, chap. II, — Droysen, t. II, p. 634 et suiv. — Carlyle, t. IV, p. 225.