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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/476

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a déjà changé bien des fois, qui changera encore, elle peut se ressentir jusqu’à un certain point du passage, jusqu’ici fort douteux, maintenant vraisemblable et prochain, de l’empereur Alexandre III à Berlin ; elle peut dépendre surtout, à l’heure qu’il est, d’un de ces événemens sur lesquels la puissance humaine ne peut rien, de l’éventualité d’un changement de règne, qui semble se préparer d’heure en heure en Allemagne.

C’est là l’inexorable réalité, en effet. L’empereur Guillaume, malgré son robuste tempérament, malgré l’énergie avec laquelle il se défend, plie visiblement sous le poids des années, et paraît à tout instant être au bout de sa longue et prodigieuse existence ; il peut finir dans une crise soudaine. Son héritier direct, le prince Frédéric-Guillaume, celui qu’on appelait le prince Fritz, est depuis quelque temps déjà atteint d’une maladie implacable qui met prématurément sa vie en danger. On l’a conduit, il y a quelques mois, en Angleterre, où il a paru une dernière fois, par un effort de volonté, au jubilé de la reine, et où il ne s’est pas guéri ; on l’a conduit, il y a quelques semaines, en Italie, à Baveno, à San-Remo, où son état s’est rapidement aggravé. Depuis quelques jours, médecins anglais et allemands appelés autour du prince semblent garder peu d’illusions sur la nature du mal et sur l’inévitable dénoûment. D’une heure à l’autre, en peu de temps, si l’on veut, une catastrophe peut survenir, et la couronne de Prusse et d’Allemagne passerait, sans avoir même effleuré le front de l’héritier direct, sur la tête du petit-fils de l’empereur Guillaume, d’un prince de moins de trente ans, arrivant au trône avec les passions et les ambitions de sa race, avec les impétuosités et l’arrogance d’une jeunesse infatuée. La transition, qui n’est encore qu’en perspective, ne laisserait peut-être pas d’être difficile et périlleuse. Ce n’est point, sans doute, que le nouveau règne dût nécessairement inaugurer une politique nouvelle, un nouvel ordre d’événemens, et que tout fût changé du jour au lendemain. La situation ne serait pas moins sensiblement modifiée. Avec le vieil empereur, l’âge, la satisfaction d’une immense gloire qu’on ne veut pas compromettre, sont des garanties de prudence, et lorsque surviennent à l’improviste de ces incidens qui mettent à l’épreuve les relations internationales, on peut être sûr que le premier mouvement est à la sagesse, à l’esprit de conciliation. Le prince qui, selon toutes les apparences, était destiné à succéder à son père, à l’empereur Guillaume, et qui a eu lui-même sa part dans les succès militaires de la Prusse, le prince Frédéric a toujours passé pour aimer la paix, pour avoir des goûts relativement libéraux ; il aurait probablement porté sur le trône un esprit assez calme, libre de préjugés et d’animosités. Le prince Guillaume, qui peut être appelé demain à ceindre la couronne royale de Prusse et la couronne impériale d’Allemagne, est jeune encore, il n’a pas fait la guerre ; il a les