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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/448

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Mais quel regret en moi j’allume ?
Je méconnais l’esprit nouveau.
Poète, tu vis de la plume.
L’indépendance, c’est très beau.

Vends-nous ta joie ou ta détresse,
Tes doux rêves, tes pleurs navrans ;
Surtout décris-nous ta maîtresse.
Il nous en faut pour nos trois francs.

Jette pour solder la taverne,
Ton cœur sanglant sur le chemin,
Et la société moderne
Mettra ce louis dans ta main.

Comprends quelle erreur est la tienne.
Un César, esprit juste et sûr,
L’a fort bien dit : — L’or, d’où qu’il vienne,
Sent toujours bon, est toujours pur.

Eh bien, non ! Mon dégoût proteste.
En toi, métal si respecté,
Ce que je hais plus que le reste,
C’est ta menteuse pureté.

Sang du meurtre ou vin de l’orgie,
Rien n’a pu jamais le souiller.
Je vois briller ton effigie
Comme au sortir du balancier.

Hélas ! en toi, pièce maudite,
Je reconnais avec horreur,
Cet air d’innocence hypocrite
D’un siècle qui t’a dans le cœur ! ..

Mais, tandis que je t’examine
Et te demande ton secret,
Un pauvre, œil creux et triste mine,
Au seuil de ma porte apparaît.

II me tend la main, je la serre
En y laissant mon humble don…
Tu peux soulager la misère,
Pièce d’or, et c’est ton pardon !

FRANÇOIS COPPEE.