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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/370

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admis dans le corps des officiers de la marine royale, s’il ne justifiait avoir navigué pendant trois années au cabotage et s’il ne pouvait répondre d’une manière satisfaisante à un examen sévère sur la pratique des côtes de France, sur l’entrée des ports, sur les sondes des passes et des baies, sur les mouillages. » On traita le héros de l’Inde de barbare :

Barbarus hic ego sum, quia non intelligor illis.

Bouvet, au fond, ne demandait que ce que les Anglais ont mis en pratique depuis le temps d’Edouard IV. Je serais curieux de comparer les examens des midshipmen de la reine à ceux de nos aspirans. Non, certes, que je veuille déprécier le moins du monde notre vaillant corps d’officiers, mais il faut toujours avoir eu vue ses plus sérieux adversaires et chercher à pénétrer quelles ont été les causes de leurs succès.

Être hors de l’Iroise, c’est déjà un grand point. La route, néanmoins, est encore longue, pour peu que le vent soit contraire, d’Ouessant à Lisbonne. « Le vent, poursuit le contre-amiral Roussin, ne s’améliorait pas. La nuaison de sud-ouest continua son cours les jours suivans. Le 22 juin, nous n’étions encore qu’à 70 lieues dans le nord-ouest de Brest. Enfin, après vingt-quatre heures de calme, la brise se leva du nord, et, le 25 à midi, je me trouvai à vue des îles Barlingues, d’où je portai sur le cap la Roque. Je me maintins à petits bords pendant la nuit. Le lendemain 26, je communiquai avec le capitaine de vaisseau de Rabaudy. Il me rendit compte qu’il avait expédié la veille la seizième prise portugaise ; que, le 16, il avait envoyé à Brest la corvette la Diligente pour y déposer les prisonniers et y refaire des vivres. »


IV

Il s’est trouvé des gens pour qualifier l’entrée de l’amiral Roussin dans le Tage de « succès facile. » Oui, facile,.. comme la découverte du Nouveau-Monde ; il fallait seulement avoir le courage de l’essayer. C’est à ce courage que je veux rendre hommage. Je tiens à mettre nos jeunes officiers en présence de tous les doutes, de tous les scrupules qui assiégèrent, pendant près d’un mois, l’esprit d’un des hommes de guerre les plus résolus qu’ait possédés notre marine. Ils apprendront ainsi ce qu’il convient d’entendre par ce grand mot qui résume toute la science et toutes les épreuves