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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/347

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pas une branche de l’histoire naturelle qui ne se développe sans fin à mesure qu’on la cultive. Un savant peut consumer son existence entière dans l’histoire d’une seule espèce d’insectes. La prédiction de Pascal se réalise, et la nature se lasse de fournir encore moins que l’homme ne se lasse de l’étudier. L’infini de petitesse n’est pas plus épuisable que l’infini de grandeur. Sans doute, on ne saurait blâmer une légitime curiosité, même ainsi bornée ; peut-être même les limites étroites dans lesquelles elle se renferme assurent-elles aux résultats obtenus plus de précision et d’exactitude. L’analyse, portée aussi loin qu’on le peut, est une des règles les plus utiles de la méthode cartésienne. Mais ces travaux, par trop minutieux, gênent la science plus qu’ils ne la secondent. Le positivisme lui-même a cru devoir s’en inquiéter ; et les synthèses d’Auguste Comte n’avaient été tentées que dans cette intention ; il voulait résumer en de brèves généralités chacune des six sciences entre lesquelles il divisait tout le savoir humain. Comte a échoué dans une entreprise qui dépassait ses forces, et qui, en outre, manquait d’un fondement assez solide. Mais la pensée n’en est pas moins juste, l’exécution seule a failli, comme pour le Cosmos de de Humboldt. Ce besoin de synthèse partielle est tellement réel que toutes les sciences, chacune dans leur domaine spécial, s’efforcent spontanément de le satisfaire. Quand les observations accumulées paraissent assez multipliées, on tâche de les condenser en les généralisant, afin de les mieux comprendre. C’est ainsi qu’on a été amené à faire la philosophie de l’histoire, la philosophie de la chimie, la philosophie de la zoologie, la philosophie de la nature, la philosophie des mathématiques, etc. Ce n’est plus là de la philosophie proprement dite ; mais dans la circonscription de chaque science isolée, l’esprit éprouve, à un certain moment, le même désir qui le pousse à embrasser l’ensemble des choses par la philosophie première, par la philosophie véritable. Il n’y a pas d’autre barrière à opposer à ces analyses exagérées. C’est à la science de se corriger elle-même de ce défaut, dès qu’elle sent le mal.

Le second danger est beaucoup plus sérieux ; il est moins facile de le conjurer. Sans doute, on ne saurait avoir trop de louange et d’estime pour la science assurant à l’industrie, sous toutes ses formes, ses progrès les plus réels et les plus bienfaisans. Il y aurait parti-pris d’injustice et de malveillance à nier les services que la science rend aux sociétés en dirigeant les arts, dont elles ont sans cesse l’impérieux et renaissant besoin. La vie sociale, jadis si rude et si imparfaite, a été adoucie et améliorée de toutes les manières. Il ne s’écoule pas de jour qui ne voie de merveilleuses découvertes accroître matériellement le bien-être des hommes ; une invention