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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/328

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Cette question a pu longtemps paraître épineuse ; cependant, grâce aux enseignemens du passé et à toutes ses élaborations, la réponse est aujourd’hui plus facile qu’on ne le suppose généralement. Pour l’éclaircir, il faut interroger l’histoire avant tout, sans négliger non plus de consulter l’état actuel, qui n’est pas moins instructif. L’école positiviste convient qu’à l’origine toutes les sciences ont été cultivées simultanément par les mêmes esprits, et qu’elles formaient alors une unité. Il serait plus exact de dire qu’au début il n’y avait qu’une seule science, enveloppant toutes les autres dans son sein ; c’était un germe contenant en quelque sorte les fruits et les floraisons de l’avenir. Le premier coup d’œil jeté par l’homme sur le monde où il est placé, n’a pu que lui révéler un ensemble ; la vue distincte des détails n’est venue que successivement. Ce regard initiateur n’a pas été moins clair que les suivans, bien qu’il s’adressât à la totalité du phénomène, avant de s’adresser à ses parties. Le tout, mille fois plus important que les élémens dont il est formé, dut apparaître d’abord sous un aspect non pas confus, mais immense. Si, plus tard, l’intelligence de l’homme a tenté d’analyser les parties une à une, ce fut toujours pour comprendre cette totalité que l’impression primitive lui avait fait connaître, et qui reste le constant objet de notre sollicitude. Il n’a été donné à personne d’assister à la naissance de l’humanité et à ses émotions primordiales ; mais, sur ce mystère, la raison peut se trouver d’accord avec les légendes religieuses. L’homme a été doué d’un désir insatiable de savoir, comme Aristote le remarque dès la première ligne de sa Métaphysique ; et le spectacle que la science humaine ne cesse de nous offrir confirme de jour en jour ces vénérables traditions. L’homme ne renonce jamais à cette passion, qui lui est tout à la fois si naturelle et si utile ; on s’est trompé en lui en faisant un crime, mais lui ne se trompe pas en s’y livrant. Eh bien ! la philosophie, c’est l’étude de l’ensemble ; les sciences ne sont que l’étude des parties diverses. Quand on considère les parties isolément, c’est afin de les mieux observer ; mais les parties ne se comprennent bien que par leur relation avec le tout ; elles y sont attachées, ainsi que les rameaux le sont au tronc de l’arbre qui les porte, quelque nombreux qu’ils soient.

Voilà le rapport le plus général des sciences à la philosophie. Mais ce rapport n’est pas le seul, il s’en faut bien. On ne tentera pas ici une nouvelle définition de la philosophie, définition manquée trop souvent. C’est un simple fait historique qu’on rappelle et qui ne peut être contesté. Le savoir humain a nécessairement commencé comme on vient de le dire ; et l’épanouissement de toutes les branches du savoir, quelque large qu’il devienne, ne peut altérer en rien cette relation de la philosophie et des sciences ;