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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/322

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plus lui ferait-on une petite place à part dans la physiologie, sous le nom de psychophysiologie. Le moi pensant, auquel croit la métaphysique, n’existe pas ; c’est le cerveau qui pense, ou, mieux encore, le centre de l’encéphale, le mésocéphale, qui, chez les positivistes, remplace la glande de Descartes. Il ne faut pas dire avec Descartes : « Je pense, donc je suis ; » il faut dire : « Je sens, donc je suis. » L’impression est le fait fondamental de toute science.

Pour M. Auguste Comte et ses partisans, voilà le comble de la science ; il n’y a rien au-delà. Les sciences travaillent chacune spontanément et sans méthode commune, dans leur domaine spécial ; la philosophie vient recueillir, tant bien que mal, ce qu’elles ont de plus général, c’est-à-dire de moins positif, puisque le positif, c’est l’observation, et que les généralités ne sont, après tout, que des abstractions plus ou moins hypothétiques et des inductions qui ne sont pas infaillibles. Cependant cette classification, si incomplète, passe par excellence pour l’œuvre philosophique du XIXe siècle ; elle a donné à la philosophie, nous assure-t-on, la méthode positive des sciences, et aux sciences l’idée d’ensemble de la philosophie. M. Auguste Comte est venu terminer, après deux siècles, la révolution inaugurée par Descartes. Plus grand même que lui, il a remplacé définitivement la doctrine mécanique par la doctrine positiviste ; maintenant la révolution est close. La philosophie pourra toujours recommencer ses inventaires, au fur et à mesure que les sciences s’étendront par de nouvelles découvertes ; mais sa fonction ne changera plus ; désormais, elle sait ce qu’elle est tenue de faire, si elle ne veut pas retourner à ses anciennes illusions, et retomber dans les abîmes de la métaphysique et de la théologie.

Tout indépendant que croit être M. Comte, il adjoint prudemment quelques autorités à la sienne ; il les emprunte à ce passé tant déprécié, et il invoque Bacon, Descartes, Galilée, Newton, Cuvier même, dont il fait les précurseurs du positivisme. Il dédie son livre à M. Fourier, le mathématicien, et à M. de Blainville. C’est là se mettre certainement en excellente compagnie ; mais cette compagnie n’est pas tout à fait celle du positivisme, et l’on peut douter que cet hommage fût bien accueilli par ceux à qui il est adressé. Bacon lui-même, quoiqu’il semble parfois incliner vers le positivisme, au sens où l’a entendu M. Auguste Comte, répète souvent que la métaphysique est la mère des sciences, en leur fournissant tous leurs axiomes, et il ne se fait pas faute de respecter la théologie. Descartes, plus résolument encore que Bacon, dit que toutes les autres sciences empruntent leurs principes à la philosophie ; et il craint si peu la métaphysique qu’il n’hésite pas à déclarer que les raisons dont il se sert pour démontrer la vérité de sa méthode,