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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/256

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la Saxe le théâtre d’une campagne d’hiver ? Puis comment expliquer cet empressement à dégarnir la ligne du Rhin, quand une armée française, toujours campée sur la rive gauche du fleuve, pouvait, si elle ne voyait plus rien devant elle, être tentée de reparaître sur la droite ? Était-ce imprudence ? N’était-ce pas plutôt l’indice d’un traité déjà conclu ou au moins négocié avec la France, qui préservait de ce côté de toute inquiétude ? Tous les soupçons étaient permis [1].

Disons tout de suite que presque tous étaient fondés. La résistance de Marie-Thérèse, en effet, ne partait pas, cette fois, d’une vaine obstination de femme, s’acharnant contre vents et marée dans une entreprise impossible. C’était au contraire la suite d’un plan tout à fait nouveau et très pratique, combiné avec un mélange d’habileté et d’énergie qui aurait fait honneur au coup d’œil d’un véritable homme de guerre, et qui attestait en même temps la puissance de conception d’un esprit vraiment politique. Le fond de ce dessein, encore mystérieux, consistait à laisser de côté la Silésie, abordée déjà deux fois sans succès, et à aller, au contraire, en traversant rapidement la Saxe, chercher Frédéric dans ses foyers, porter le fer et le feu dans les provinces héréditaires de la maison de Brandebourg et marcher droit sur Berlin. L’intention était bien de procéder immédiatement à une opération si hardie, malgré l’état avancé de la saison et contrairement à toutes les habitudes du temps, afin d’enlever le succès par surprise. C’était là ce que signifiait ce mouvement combiné du général Grün et du prince de Lorraine, qui, entrant en Saxe par deux points opposés, et traversant l’un et l’autre l’électorat dans toute sa largeur, devaient franchir au même moment la frontière prussienne, puis converger sur Berlin, l’un en prenant à gauche par Halle et Magdebourg, et l’autre à droite par Francfort sur l’Oder, après avoir ramassé sur leur route toutes les troupes d’Auguste fit [2].

Tel était le projet audacieux concerté par Marie-Thérèse, à Francfort, avec le ministre d’Auguste III, le comte Saul, l’agent saxon qui, comme on l’a vu, lui servait aussi d’intermédiaire pour suivre sa négociation avec la France. A dire vrai, cette négociation elle-même, ainsi que deux autres poursuivies au même moment sur des théâtres différens, n’étaient, dans la pensée de l’impératrice, que

  1. Post-scriptum de la dépêche de Robinson à Harrington, 31 octobre 1745. — Il dit formellement : « I must… humbly leave to your superior judgment, whether there is not equally le be found in the sald paper one indication if not of making up with France, at least of their holding singly out… »
  2. Frédéric, Histoire de mon temps, chap. XIV. — Droysen, t. II, p. 571-578. — Arneth, t. III, p. 139.