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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/239

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passage ! Seulement, la comédie commence à ne plus amuser ni abuser le pays, lassé de voir ses affaires sans cesse sacrifiées à tous les calculs et à toutes les fantaisies de parti.

Le monde européen passe quelquefois assez brusquement des surprises, des agitations, à une certaine monotonie. Un jour il est remué et mis tout à coup en éveil par l’imprévu, par les incidens bruyans, périlleux, qui se pressent et se succèdent ; le lendemain il retombe dans un de ces états indéfinissables, à demi obscurs, où tout semble provisoirement au repos. Il y a un peu de ralentissement aujourd’hui, on le sent. Les incidens des dernières semaines sont déjà presque oubliés. Les négociations, s’il y en a, paraissent suspendues ou s’enveloppent de mystère. Les événemens ne se hâtent pas. On sent bien aussi cependant que ce n’est qu’une halte entre deux crises, que rien n’est fini pas plus à l’orient qu’à l’occident de l’Europe, que la Russie n’a pas dit son dernier mot dans les affaires bulgares, qu’il y a des énigmes dans les rapports des gouvernemens, que la situation, en un mot, reste incertaine et précaire. Qui éclaircira les mystères, les contradictions de la politique européenne ? Qui est en position d’exercer une influence décisive, ou tout au moins de jeter un peu de lumière sur tant de problèmes qui restent obscurs, qui tiennent tous les pays dans une attente un peu inquiète ? Avec le retour prochain des parlemens à Berlin, à Vienne ou à Pesth, peut-être aura-t-on les éclaircissemens qu’on ne serait pas fâché d’obtenir sur la situation diplomatique de l’Europe, sur ce qu’on veut faire dans les Balkans. Peut-être M. de Bismarck, le grand solitaire de Friedrichsruhe ou de Varzin, voudra-t-il saisir l’occasion de quelque débat devant le Reichstag pour s’expliquer avec cette franchise audacieuse et calculée qui est une de ses forces. Le chancelier de l’empereur François-Joseph, le comte Kalnoki, va sans doute, lui aussi, être obligé de répondre à quelque interpellation devant les délégations autrichiennes, et de préciser les vues du cabinet de Vienne. En attendant, c’est l’heureux allié de l’Allemagne et de l’Autriche, c’est le président du conseil d’Italie, M. Crispi, qui a tenu à donner le premier ses explications. Après son retour de Friedrichsruhe, M. Crispi ne pouvait faire moins que de parler, dût-il ne prononcer un discours que pour avoir à témoigner sa satisfaction complète de son rôle parmi les puissans du jour.

Tout avait été d’ailleurs préparé avec art pour cette manifestation qui était annoncée depuis quelque temps déjà, qui a eu lieu effectivement dans la vieille capitale piémontaise à Turin, — à laquelle se sont associés nombre de sénateurs et de députés accourus pour écouter, pour fêter le chancelier italien. L’heureux héros de l’entrevue de Friedrichsruhe a parlé de tout, de la politique extérieure aussi bien que de la politique intérieure de l’Italie, dans le discours par lequel il a couronné le banquet de Turin. Il a certainement parlé avec habileté et