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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/222

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aime à mettre au théâtre les questions où se trouvent communément mêlés ces officiers ministériels ; et c’est ce que confirme l’examen du détail de son style. Pour avoir employé correctement quelques termes de droit, — dans Pourceaugnac ou dans le Malade imaginaire, par exemple, — si l’on a donc pu prétendre que Molière devait être avocat, c’est au moins un Cujas ou un Pothier parmi nous, c’est un Demolombe ou un Toullier, que l’auteur du Demi-Monde, vu l’abondance des métaphores, des comparaisons, et des images qu’il tire du vocabulaire de la procédure et de la jurisprudence. M. Félix Moreau s’est complu à en rassembler dans son livre de nombreux exemples, et nous y renvoyons. L’un des plus curieux est sans doute ce passage de la Préface de la Femme de Claude, où M. Dumas interprète à sa façon, qui n’est point celle de M. Renan, la parabole de la femme adultère. « On déclare que Jésus a pardonné à la femme adultère, ce qui est absolument faux… Ce n’est pas un pardon, ce n’est même pas un acquittement, ce n’est qu’une ordonnance de non-lieu, motivée par l’incompétence du tribunal, qui s’était cru en droit de juger et de condamner cette femme. » Il est vrai qu’ici, à en croire du moins M. Félix Moreau, cette apparente précision de termes ne dissimulerait qu’aux seuls yeux des profanes une grande ignorance des usages de l’instruction et de la procédure criminelles. Mais il ne s’agit pour le moment que de l’obsession, de la monomanie, de la hantise juridique, — je me sers des mots de M. Moreau, — dont M. Dumas serait victime. Et quoique ce soient de gros mots, ou de grands mots, il faut bien accorder que M. Dumas en tient. De certaines de ses pages, il se dégage comme « une vague odeur de papier timbré ; » cela sent l’étude ou le greffe ; et dans quelque deux ou trois cents ans de nous, si les commentateurs en tirent cette conséquence que M. Dumas avait, aussi lui, fait son droit, comme Molière, ils se tromperont, mais non pas s’ils supposent que certaines questions de droit ont de tout temps et vivement intéressé l’auteur du Fils naturel et de la Femme de Claude.

C’est précisément là ce qui choque M. Moreau, avec « ses douze années d’études juridiques. » — « Je ne sais, dit-il, tout au début de son livre, s’il y eut, s’il y aura jamais époque mieux pourvue que la nôtre en critiques ès lois et fabricans en législation, ne tenant les uns et les autres leur mandat que d’eux-mêmes. » Et cela lui déplaît, que sans en avoir seulement sollicité la licence, on critique, on enseigne, que l’on prêche ou que l’on patrocine, mais encore bien plus, si l’on croit avoir découvert dans le Code civil une disposition fâcheuse, que l’on prenne sur soi de la dénoncer et d’en proposer le remède, puisque, en effet, plusieurs sortes d’hommes sont diplômés, qualifiés et même appointés pour cela. Oh ! sans doute, il distingue, ou du moins il s’en donne l’air. Critique impartial, et même libéral, il n’en a pas aux