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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/169

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LA VIE DE CHARLES DARWIN.

systématique, à moins qu’il n’en fasse un maniaque ou un avare, était très profond en moi et incontestablement inné, aucun de mes frères ou sœurs n’ayant jamais possédé ce goût.

Un petit fait, durant cette année, s’est fortement gravé dans mon esprit. Il démontrera combien, dès mon jeune âge, j’étais intéressé par la variabilité des plantes.

Je racontai à un autre petit garçon (je crois que c’était à Leighton, qui devint dans la suite un lichénologue et un botaniste bien connu) que je pouvais produire des polyanthus et des primevères de teintes diverses en les arrosant avec certains liquides colorés. C’était naturellement une fable monstrueuse, et je n’avais jamais expérimenté la chose.


En 1818, son père lui fait suivre le cours de l’école de Shrewsbury, où il demeura sept ans.


Je n’étais pas paresseux, et sauf en ce qui concerne la versification, je travaillais consciencieusement mes classiques, sans traductions ni moyens factices. Le seul plaisir que j’aie retiré de ces études m’a été fourni par les odes d’Horace, que j’admirais beaucoup. Quand je quittai l’école, je n’étais pour mon âge ni en avance ni en retard. Je crois que mes maîtres et mon père me considéraient comme un garçon fort ordinaire, plutôt au-dessous du niveau intellectuel moyen. À ma grande mortification, mon père me dit une fois : « Vous ne vous souciez que de la chasse, des chiens, de la chasse aux rats, et vous serez une honte pour votre famille et vous-même. » Mon père, qui était le meilleur des hommes et dont la mémoire m’est si chère, était évidemment en colère et quelque peu injuste lorsqu’il prononça ces mots.

Me remémorant aussi bien que je le puis mon caractère durant ma vie d’écolier, les seules qualités pouvant être d’un bon augure pour l’avenir étaient mes goûts divers et prononcés, beaucoup de zèle pour tout ce qui m’intéressait, et un vif plaisir en comprenant un sujet où une chose complexe.


À la fin de cette époque, il s’exerçait à faire de la chimie avec son frère Érasme.


Il me permettait de l’aider comme garçon de laboratoire dans la plupart de ses expériences. Il fabriquait tous les gaz et beaucoup de corps composés, et je lus avec soin plusieurs livres de chimie, tels que le Chemical Catechism de Henry et Parkes. Le sujet m’intéressait énormément, et il nous arriva souvent de travailler jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Ceci fut la meilleure partie de mon éducation scolaire, car cela me montra par la pratique ce que signifiaient les mots de science expé-