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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/162

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mouvement d’émancipation, les ouvriers des campagnes se seraient joints aux ouvriers des villes pour des revendications communes. Sur toute l’étendue de l’Allemagne, jusque dans les provinces prussiennes de l’est, sur les bords de la Vistule, avaient surgi des réunions pour la formation d’institutions de secours et d’assistance, pour l’organisation de sociétés coopératives de consommation et de production, de caisses de malades et d’invalides. Ces institutions restèrent à l’état de projets, et ne devaient se réaliser que beaucoup plus tard seulement, sous l’impulsion de leurs adversaires d’alors. A ce moment-là, la société bourgeoise, prise de peur, se joignit aux gouvernemens de la Confédération pour arrêter le mouvement ouvrier en le comprimant. Les autorités prussiennes se déclarèrent, le 31 janvier 1850, contre le suffrage universel, considéré comme principe révolutionnaire. De même, à l’exemple de la Prusse, l’Arbeiterverbrüderung fut mise hors la loi par la Saxe et par la Bavière. Par une de ces contradictions dont la vie politique est pleine, le futur promoteur du suffrage universel en Allemagne, celui qui devait présenter plus tard, comme mesure de salut social, l’institution des caisses d’assurances par l’état en faveur des ouvriers, le comte de Bismarck, aujourd’hui chancelier de l’empire, demanda à l’assemblée fédérale, avec M. de Prokesch-Osten, un rapport de son comité de permanence sur les mesures à prendre contre les associations ouvrières dans l’intérêt de l’ordre public.

Une décision des gouvernemens confédérés, prise à la suite de cette proposition, interdit dans toute l’Allemagne les associations formées dans un dessein politique ou socialiste. C’était la réponse à l’appel du comité communiste international aux prolétaires de tous les pays, avant les journées de juin 1848, pour se soulever ensemble et se prêter un concours mutuel dans l’œuvre d’émancipation des travailleurs. Le comité central de cette association internationale avait été transféré à Paris au mois de mars précédent. Quelques douzaines d’adhérens seulement s’étaient réunis dans cette nouvelle affiliation. A leur tête était Karl Marx, qui proclamait la république universelle, au moment où surgissait à Dusseldorf Ferdinand Lassalle, dans une émeute provoquée pour refuser les impôts. Lassalle et Marx sont devenus les vrais initiateurs et les prophètes du socialisme. Doués d’un talent supérieur, tous deux d’origine israélite, jouissant d’une certaine aisance, ambitieux, autoritaires, ils ont exercé une action profonde sur le mouvement social au cours du siècle et lui ont imprimé une marque indélébile. Tous deux ont voulu sincèrement l’amélioration du sort de la classe ouvrière, dont la misère souvent imméritée les a touchés. Ils ont