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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/161

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l’Allemagne, la liberté de domicile et de déplacement, la suppression des douanes intérieures, l’entrée libre des matières premières et des denrées coloniales, des droits protecteurs contre la concurrence des produits manufacturés étrangers, l’aliénation des domaines de l’état au profit des familles sans terre, l’achat de terres en Amérique pour les émigrans en. cas d’excès de population. En particulier pour les ouvriers, le congrès voulait la formation de corporations nouvelles, l’institution de comités des arts et manufactures dans chaque district, l’élection d’une commission supérieure de l’industrie pour tout le pays par les comités locaux des districts, la fixation de la journée normale de travail, enfin un minimum de salaire pour les compagnons et une caisse nationale de retraite pour pensionner les ouvriers âgés devenus invalides.

Convenons-en, les propositions des compagnons ouvriers à Francfort n’avaient rien de subversif et étaient même moins exigeantes que les demandes des députés socialistes actuellement à l’ordre du jour au Reichstag. Au congrès des compagnons succéda, le 23 août à Berlin, le congrès des délégations ouvrières, sous la présidence du professeur Nées von Esenbeck, réuni celui-là pour l’organisation du travail en Allemagne, et afin d’aviser aux moyens de protéger les travailleurs contre la prépondérance du capital. Les délégués de soixante-dix associations ouvrières allemandes y procédèrent à la rédaction d’un manifeste destiné à l’assemblée du parlement national à Francfort, pour lui recommander les requêtes des ouvriers. De tout cela sortit une fédération des ouvriers allemands, Arbeiterverbrüderung, avec siège central à Leipzig, à laquelle s’affilièrent toutes les sociétés représentées au congrès par leurs délégués. Suivant la déclaration de l’organe officiel de cette fédération, il s’agissait désormais de résoudre la question sociale, question réduite à une lutte entre les capitalistes, et les prolétaires, entre ceux qui détiennent la richesse et ceux qui sont dans la misère. Dans cette lutte, les uns combattent pour maintenir les privilèges de l’argent, les autres pour les abolir. En proclamant le principe du droit au travail, qui signifie simplement le droit de vivre, en assurant l’existence de tout homme par le travail, les ouvriers reconnaissent dans l’association la condition de leur affranchissement par une action commune et un effort collectif de tous les travailleurs appelés à s’entr’aider. Un nouveau congrès ouvrier, ouvert à Heidelberg, le 28 janvier 1849, sous la présidence de Julius Frœbel, député au parlement, examina, entre autres pétitions, une requête demandant le droit de chasse pour tout propriétaire, les petits comme les grands, preuve que l’agitation gagnait aussi les cercles ruraux. Sans l’intervention du. gouvernement pour arrêter ce