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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/134

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employés pour des exploitations industrielles particulières, mais seulement pour des services publics au profit de l’état ou des communes. Dans les établissemens industriels, travaillant d’une manière continue, le même projet de loi interdit absolument l’emploi des enfans au-dessous de quatorze ans et réduit à dix heures, au maximum, la durée du travail quotidien pour les adultes. Pour les jeunes gens âgés de quatorze à seize ans, le travail est limité à huit heures par jour, et, jusqu’à dix-huit ans révolus, les ouvriers doivent pouvoir compléter leur instruction primaire dans des cours d’adultes. Le travail de nuit est défendu pour les femmes et pour les enfans au-dessous de seize ans. En été, le travail dans les fabriques, du 1er avril au 30 septembre, ne peut commencer avant six heures du matin, avant sept heures du 1er octobre au 31 mars pendant la saison d’hiver, avec deux heures d’arrêt ou de pause dans le courant de la journée, pour finir toute l’année à sept heures du soir. Dans les mines, le travail est limité à huit heures par jour, avec interdiction d’employer des femmes. L’emploi des femmes et des enfans au-dessous de seize ans se trouve également défendu dans les ateliers présentant des dangers pour la santé ou pour les mœurs. Point de travail les dimanches ni les jours fériés. Enfin, le projet de loi recommande l’affichage d’un règlement du travail dans tous les ateliers, l’introduction de paies hebdomadaires, la défense pour les patrons de vendre aux ouvriers des subsistances ou d’autres marchandises, moyennant retenue sur le salaire. Les offices du travail des districts seraient autorisés à accorder des dispenses pour ces diverses prescriptions en cas de besoin.

Obtenir ces dispositions, introduire l’organisation proposée par le projet de loi démocrate-socialiste, aux yeux de ses promoteurs, serait assurer dans un temps donné la réalisation de tout le programme de l’état ouvrier. L’état ouvrier, comme perspective idéale, trouverait sa constitution dans cette nouvelle organisation du travail. De l’aveu de M. Bebel, un des chefs du parti, l’augmentation des salaires avec la réduction du travail sous le contrôle des chambres ouvrières garantit tout le reste. 1 la séance du 11 mars 1885, l’orateur socialiste déclare ouvertement : « Nous ne voulons pas jouer à cache-cache. Mes amis et moi accordons volontiers que le noyau propre de notre législation se trouve dans ce projet d’organisation. Avec cette organisation en main, nous serons en mesure d’obtenir tout le reste par la loi : il n’y a point de doute là-dessus. » Malgré cette déclaration catégorique, les propositions faites au Reichstag, considérées dans leur substance, n’ont de socialiste que la signature de leurs auteurs. Ceux-ci les présentent comme une simple motion pour la protection des ouvriers, adaptée aux