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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/133

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le plus large cadre. Non-seulement ces chambres, pivot de toute l’organisation nouvelle, participent à la lâche des offices du travail et jugent en dernière instance les litiges professionnels, mais leur mandat les oblige encore et surtout de signaler aux autorités compétentes les désordres dans la vie industrielle arrivés à leur connaissance, à donner un avis sur les règlemens à introduire et sur les projets de loi à présenter, à entreprendre des enquêtes et des recherches sur l’effet des traités de commerce et de navigation, sur les droits de douanes, sur les impôts, sur le taux des salaires, sur le prix des subsistances et des loyers, sur les conditions de la concurrence, sur l’enseignement professionnel et les instituts de technologie, sur l’hygiène et la mortalité des ouvriers.

Sous des apparences modestes, ce projet de modification du code industriel touche les conditions essentielles de la vie du peuple allemand. La réforme à l’ordre du jour soulève les questions les plus graves et les plus délicates de l’économie politique. Avec l’institution des chambres ouvrières, il s’agit pour les députés démocrates-socialistes tout d’abord de régler le travail de manière à obtenir une augmentation des salaires en réduisant la durée du travail quotidien. Que si vous émettez un doute sur l’efficacité du procédé, ses promoteurs répondent avec une entière conviction que les ouvriers sont plus sages, plus expérimentés, plus dignes de confiance que le croient leurs gouvernans actuels. Lisez les débats du parlement, voyez les rapports des commissions chargées de l’examen des projets de loi ouvriers, partout les orateurs socialistes parlent des merveilles réalisées du jour où l’organisation des chambres ouvrières et des offices du travail sera mise à l’épreuve. Depuis trois ans, le Reichstag consacre ses séances les plus importantes à la discussion des questions ouvrières, étudiées avec un soin scrupuleux par toutes les fractions de rassemblée. Conservateurs et cléricaux, tout particulièrement, rivalisent de zèle par la présentation de projets d’initiative pour la protection à assurer aux travailleurs, comme correctifs aux projets socialistes dont l’application pure et simple ne se concilie pas avec les exigences de la vie réelle. Dans tous les cas, ces débats sont des signes du temps où nous vivons. Quiconque a souci de l’avenir de la société ne peut se soustraire à la nécessité d’y porter une sérieuse attention, sinon de la sympathie.

En demandant l’organisation des chambres ouvrières, les députés démocrates-socialistes proposent la réduction immédiate de la journée de travail et l’interdiction de l’emploi des détenus pour des entreprises industrielles. D’après leur projet de loi principal, présenté déjà à deux reprises, les détenus ne doivent plus être