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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/128

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protecteurs. Sur un sol envahi, tout couvert encore du flot dévastateur qui se retirait lentement, ce banni, que la main de Dieu relevait tout à coup de l’exil, redressait, dans la fierté indomptable de sa race, sa haute taille de Bourbon. Prêt à s’appuyer, si des exigences incompatibles avec le vieux droit de la monarchie l’y poussaient, sur le dernier tronçon de l’épée impériale, il osait réclamer sa place, la première place, dans les conseils agités de l’Europe. Les compagnons d’Hector se serraient peu à peu autour de lui et ne demandaient pas mieux que de l’y aider. C’eût encore été pour eux une revanche.

La Gloire ne fut pas désarmée. On l’employa au transport des prisonniers que la merveilleuse campagne de France avait accumulés dans nos ports. Tout vaincus que nous fussions, nous avions, nous aussi, de nombreux captifs à rendre aux vainqueurs. Le commandant Roussin fit successivement trois voyages en Angleterre, un voyage à Anvers, un voyage encore de trois mois à Riga. Les missions pacifiques elles-mêmes, quand elles sont bien remplies, peuvent faire ressortir la valeur exceptionnelle d’un officier. La restauration ne s’y trompa point : elle reconnut dans le commandant de la Gloire un homme d’avenir et résolut sur-le-champ de se l’attacher. Le 2 septembre 1814, sur la proposition du baron MaIouet, elle le faisait capitaine de vaisseau ; quelques mois auparavant, elle lui avait conféré la croix de Saint-Louis. L’empereur de Russie, de son côté, le décorait de l’ordre de Saint-Vladimir. « J’avais, écrivait, le 10 novembre 1814, au capitaine Roussin le comte Ferrand, alors le ministre de la marine, chargé le commandant de la division dont vous faisiez partie de vous faire connaître combien j’ai été satisfait du zèle et de l’activité que vous avez déployés dans cette campagne ; je saisis avec empressement l’occasion de vous renouveler les témoignages qu’il a dû vous transmettre de ma part. Je regrette que le désarmement de la Gloire interrompe votre activité de navigation, mais soyez persuadé que je ne perdrai pas de vue les titres que vous avez acquis, lorsque les circonstances m’offriront les moyens de vous employer d’une manière convenable et qui réponde à ma confiance dans votre expérience et votre dévoûment au service de Sa Majesté. »

Il est une aristocratie que, malgré notre fureur de nivellement, nous aurons toujours intérêt à ne point abattre : c’est l’aristocratie des hommes bien élevés. Le ministre qui écrivait la lettre que je viens de rapporter en faisait partie ; l’officier qui la recevait avait aussi le droit d’y réclamer sa place. Ne nous y trompons point : la révolution a eu, comme l’ancienne monarchie, sa noblesse. Cette noblesse, on la reconnaissait à la distinction des manières, à