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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/124

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mieux sa mâture, deux grands bâtimens de guerre apparaissent. Il n’y a pas un instant à perdre pour prendre chasse. La Gloire heureusement possédait, comme la plupart de nos frégates et de nos vaisseaux, — car nos ingénieurs, au fond, étaient fort habiles, — une marche supérieure. Avant la nuit, elle avait laissé les navires suspects à une telle distance que, la nuit venue, elle les perdit de vue.

La côte de Portugal décidément se trouvait trop bien gardée : Roussin alla chercher aux Açores des parages où l’on pût trouver plus de navires marchands que de navires de guerre. Qu’il revienne de l’Inde ou revienne des Antilles, un navire marchand va toujours reconnaître quelque point de cet archipel. C’est là qu’il rectifie sa position et prend de nouveau son élan pour donner dans la Manche ou dans le golfe de Gascogne. Entre les Açores et Madère, la Gloire s’empara de neuf bâtimens. La plupart de ces navires furent coulés ; les autres reçurent, pour les porter à Madère, les prisonniers anglais, portugais, espagnols, qui commençaient à encombrer la frégate.

Le 18 janvier 1813, le capitaine Roussin fit route pour la Barbade. Un croiseur ne saurait sans danger s’attarder longtemps sur le même terrain : sa présence y serait bientôt signalée, et c’est par la mobilité surtout qu’il peut espérer se rendre insaisissable. Les parages de la Barbade sont excellens pour guetter les navires qui reviennent du Brésil, du Para, de Cayenne, de Surinam. Le capitaine Roussin y passa pourtant huit grands jours sans apercevoir un seul navire. Tout est heur ou malheur à la guerre ; les calculs les mieux fondés y sont sans cesse déjoués par le sort.

Dans les conditions que nous créait la suprématie incontestée de la marine anglaise, la partie vraiment délicate d’une campagne de course, pendant les dernières années de l’empire, était toujours le retour au port. Le golfe de Gascogne présentait une ceinture presque continue de vaisseaux, de frégates, de corvettes et de bricks. Pour percer cette ligne de contrevallation, il fallait absolument le secours d’une tempête. Aborder nos côtes avec des vents d’est et un temps clair eût été courir à une perte certaine. La saison des vents d’ouest touchait à sa fin : le commandant de la Gloire reconnut la nécessité de reprendre la route de France. Il régla sa marche de façon à venir atterrir sur la sonde, vers la fin du mois de février.

Le 17 février, la tempête attendue, désirée comme la colombe de l’arche, se déclara enfin. Dans la nuit du 19 au 20, cette tempête devint une tourmente. Le 23, le capitaine Roussin jetait la sonde sur le banc de la Grande-Sole : le vent se calma soudain. Quel affreux contre-temps ! Pendant deux jours, la Gloire dut