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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/108

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navire de commerce, achevait ses préparatifs de départ [1], on vit arriver à l’Ile-de-France deux nouvelles frégates : la Caroline, commandée par le capitaine Billard, et la Manche, sous les ordres du capitaine Dornal de Guy. A la même époque, l’ancien corsaire de Robert Surcouf, le Revenant, acheté par le gouverneur-général, devenait la corvette l’Iéna, corvette armée de 14 caronades. La colonie retrouvait ainsi une marine, bien faible marine sans doute, mais marine redoutable encore pour le commerce de l’Inde, grâce aux traditions que léguaient aux commandans Billard et Dornal de Guy leurs devanciers. Plus tard viendront la Canonnière, avec le capitaine Bourayne ; la Vénus, avec le commandant Hamelin. Je ne puis suivre tous ces bâtimens dans leurs croisières ; je m’attacherai aux pas de la corvette l’Iéna, car c’est sur cette corvette que je vais retrouver le futur vainqueur du Tage.

Le lieutenant de vaisseau Morice a pris le commandement de l’Iéna : il demande et obtient pour second son ancien compagnon de la Sémillante, l’enseigne de vaisseau Roussin, promu au grade de lieutenant le 12 juillet 1803. Jusqu’au 8 octobre, l’Iéna croisa dans le golfe Persique, à l’entrée de la Mer-Rouge, dans le golfe du Bengale, partout, en un mot, où l’on pouvait se promettre l’espoir de quelque butin. Le 8 octobre 1808, au milieu de la nuit, la vaillante corvette rencontra la frégate anglaise la Modeste, de 46 canons. Que pouvait-elle faire contre des forces aussi supérieures ? Honorer sa défaite : elle n’y manqua pas. L’Iéna ne se rendit qu’après un combat de deux heures cinq minutes. Les Anglais apprécièrent l’héroïsme de cette longue défense : quand les prisonniers français arrivèrent à Calcutta, le capitaine et le second de l’Iéna furent logés au palais du gouvernement et traités avec les plus grands égards.

Si douce qu’elle puisse être, la captivité n’en est pas moins bien lourde à supporter pour de jeunes courages impatiens de prendre leur revanche. L’échange ardemment désiré ne put être consommé qu’au bout de onze mois. Le 12 décembre 1809, un parlementaire anglais, l’Henrietta, débarquait Morice et Roussin à l’Ile-de-France : le 2 janvier 1810, Duperré ramenait à Morice sa corvette, reprise sur l’ennemi le 2 novembre 1809, à l’embouchure du Gange. L’ancien Revenant, la corvette l’Iéna, portait cette fois, encore un nouveau nom. Les Anglais l’avaient baptisée le Victor ; le général Decaën lui conserva ce nom, qui rappelait un heureux retour de fortune. Le lieutenant Morice en reprit le commandement. Roussin

  1. Voyez, dans la Revue du 1er octobre 1887, l’article intitulé : les Cinq combats de la « Sémillante. »