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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/949

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de la scène d’amour du second, et de maint joli détail, les noms de MM. Theuriet et Morand. On applaudit aussi Mme Baretta, espiègle autant que naïve, plus fringante qu’on ne pouvait l’espérer, au demeurant une Raymonde presque parfaite ; M. Le Bargy, qui récite le rôle du héros en ténor exercé aux vocalises de Musset ; M. de Féraudy, qui a composé en comédien le personnage du rival malheureux ; Mlle Montaland, fort avenante sous la coiffe et les cheveux blancs de Mme verdier. M. Leloir, en garde-général, n’est qu’estimable ; M. Febvre aurait pu conserver à Noël un peu plus de caractère : je lui citerai comme exemple M. Coquelin, le maître d’école des Rantzau. Ni la majesté un peu molle de Mlle Lloyd ni la tenue impassible de M. Dupont-Vernon ne pouvaient prêter une physionomie bien particulière au ménage de la Maison Verte. Mais bah ! la grâce de Raymonde est assez forte. Et puis, c’est une pièce de saison : qui ne voudrait en humer la senteur forestière ? Il est fâcheux, seulement, qu’on ne lise pas sur l’affiche : Avis — toute cette comédie se passe à la lisière d’un bois.

Celle-ci, — Vincenette, — se passe dans une plaine, et dans une plaine désignée, la Crau. Mistral écrivait naguère, dédiant Mireille à Lamartine : « C’est un raisin de Crau qu’avec toutes ses feuilles t’offre un paysan. » Dédiée à Mistral, Vincenette, aujourd’hui, est un grappillon du même terroir, offert par un poète français que son père a élevé parmi les paysans de l’Opéra-Comique. Il semble, d’ailleurs, que le pied de vigne où M. Pierre Barbier a cueilli ce léger fruit ait été transplanté du domaine de George Sand : Vincenette, pour l’action, c’est Claudie au pays de Mireille — ou de l’Arlésienne. — L’auteur déclare qu’une aventure authentique lui a suggéré l’idée de son petit drame : c’est donc que des gens du village de Maillane ont joué Claudie au naturel. Toute la différence est que, dans la nouvelle pièce, Denis Ronciat faisant défaut, l’honnête Sylvain (il a gardé son nom), est lui-même le séducteur de l’héroïne, le père de l’enfant, et que celui-ci, au lieu d’être mort, se prépare seulement à naître.

Mais Vincenette, aussi, c’est Claudio resserrée en un seul acte, et par un jeune homme : de là je ne sais quoi de forcé, un changement de ton, un passage du mode simple à un autre, assez voisin du déclamatoire. Sylvain n’est plus ce garçon de sentimens réservés, de parole discrète ; il est forcené d’amour, il est éloquent. Claudie, je veux dire Vincenette, a beau confesser qu’elle a aimé sans plus de cérémonie que l’oiselet au printemps, et reconnaître qu’elle n’a pas, cette fois, l’ordinaire excuse :

Il n’avait rien promis que j’étais dans ses bras ;

elle n’en parle pas moins, même pour déclarer son amour, le jargon ingénu d’une première communiante :