Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/943

Cette page n’a pas encore été corrigée


Comédie-Française : Raymonde, comédie en 3 actes, de MM. André Theuriet et Eugène Morand ; Vincenette, drame en 1 acte, en vers, de M. Pierre Barbier.


Lisez un peu ces lignes, sans demander le titre ni la signature : « Ils s’étaient engagés dans une allée ombreuse, humide, encaissée entre de verdoyans talus, plantés de tilleuls et baignés par des sources qui coulaient à petit bruit sous l’herbe épaisse des fossés. Cette ombre et cette abondance d’eau avaient développé une végétation plantureuse : des reines des prés et de hautes impératoires croissaient confusément le long des rigoles ; les sveltes hampes des digitales jetaient çà et là une note pourprée au milieu de ce fouillis d’ombelles grises et d’aigrettes pâles, sur lesquelles de grands papillons fauves se jouaient dans un rayon de soleil. » — Vous avez reconnu bien vite l’auteur de cette aquarelle, M. André Theuriet.

C’est un jeu à la mode, je le sais, que d’emprunter à la peinture son idiome pour donner une idée d’une couvre littéraire ; il s’y commet d’agaçans abus de mots : les peintres eux-mêmes, aujourd’hui, se plaignent que nous leur fassions trop d’honneur. Je déclare que, d’abord, en copiant ces deux phrases, je ne préméditais aucun exercice de ce genre ; mais, soudain, un petit carré de papier m’est apparu, où le pinceau de Mme Madeleine Lemaire avait, de sa pointe facile, traîné quelques gouttes d’eau : — un coin de paysage, une étroite pente gazonnée au-dessus d’une mare, ou plutôt d’une flaque limpide ; de l’herbe drue et haute s’élèvent de frêles tiges de carottes sauvages, épanouies en parasols de dentelle… M. Theuriet, lui aussi, a ce double don de la fraîcheur et de la netteté. Lui aussi connaît à la fois le mystère de la sève et la figure personnelle de chaque plante. Ni pour l’écrivain ni pour l’artiste, ainsi que pour la plupart de leurs devanciers, une parcelle de campagne n’est une masse indistincte qui