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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/911

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par M. Paul Dubois, plusieurs figures allégoriques autour du sarcophage sur lequel doit reposer l’effigie du grand évêque. Le Salon ne nous montre que deux morceaux de ce vaste ensemble, mais ces deux morceaux sont d’une qualité supérieure. Nous avons d’abord la pièce principale, exécutée en marbre, Feu Monseigneur Dupanloup, étendu sur son lit funèbre, la tête appuyée sur une pile de coussins, vêtu de ses habits pontificaux, les mains jointes, mais vivant encore. Déjà saisi par le calme de la mort, qui apaise enfin la longue ardeur de son infatigable activité, le pasteur militant, prêt à paraître devant son juge, soulève vers lui ses yeux éteints sous les arcades profondes de ses épais sourcils. L’énergie vive et fière de cette tête anguleuse et puissante, d’où sortirent des accens évangéliques et patriotiques d’une éloquence si entraînante, est rendue avec une franchise vive et noble qui rappelle ces visages expressifs que les Florentins du XVe siècle donnaient à leurs effigies mortuaires. Durant tout ce travail, M. Chapu a d’ailleurs pensé à ces grands artistes en qui s’unissait, comme chez l’évêque lettré, l’ardeur de la foi religieuse et l’enthousiasme pour l’antiquité classique. Le sarcophage est construit et décoré comme un des sarcophages de Santa-Croce, sur lesquels dorment les secrétaires de la seigneurie florentine ; sur sa face, soutenant l’inscription, sont assis deux petits anges dont on pourrait trouver les frères dans la famille de Donatello.

C’est aussi de la renaissance que s’était inspiré M. Paul Dubois pour son tombeau de Lamoricière ; mais, ici, ce souvenir est plus encore de mise. Bien que l’évêque d’Orléans eût dans l’attitude et dans le geste une décision parfois un peu rude, qui imposait le respect à ses adversaires mêmes, sa volonté, sous laquelle on sentait toujours la réflexion, n’avait rien de la volonté fanatique et inflexible d’un pontife du moyen âge, et ses explosions les plus vives s’enveloppaient toujours en de nobles formes de langage auxquelles on reconnaissait l’homme d’un monde choisi et l’artiste littéraire. La décoration ferme, délicate, élégante au milieu de laquelle M. Chapu a placé sa sincère et mâle effigie, n’eût donc pas été pour lui déplaire, d’autant moins, on peut le croire, que les figures accompagnantes semblent devoir parler hardiment de ses vertus épiscopales. La seule que M. Chapu nous montre actuellement, à l’état préparatoire, le Courage, se présente sous l’aspect d’un soldat cuirassé de pied en cap, dans le goût du XVe siècle, qui enfonce la pointe de sa lance dans la tête d’un dragon terrassé. C’est donc un saint Michel, si l’on veut, mais un saint Michel français ; sans sortir de l’époque choisie, en le modelant, M. Chapu s’est souvenu, cette fois, des miniatures de Jehan Foucquet et non plus des marbres