Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/894

Cette page n’a pas encore été corrigée


de fleurettes ; elle est Française par sa tête spirituelle et souriante, qui n’eût point été déplacée sur les épaules d’une belle marquise, dans les cercles de Versailles, sous Louis XIV ou sous Louis XV. C’est un bon exemple de ce système d’adaptation d’un mythe ancien au goût moderne par l’introduction d’un sentiment personnel, système d’usage constant chez les artistes depuis la renaissance. Rien de plus légitime que ces transformations lorsqu’il s’agit, comme dans le cas présent, de ces légendes simples et claires qui symbolisent, sous une forme vivante et palpable, d’éternelles erreurs de la fragile humanité. La figure allégorique qui les exprime peut, sans inconvénient, réunir en elle des élémens de provenances diverses et de temps différons, pourvu que ces élémens, convenablement amalgamés par l’imagination créatrice de l’artiste, ne s’y montrent qu’harmonieusement transformés et fondus dans un ensemble expressif d’une signification élevée et générale. M. Delaplanche, esprit clair et net, fortement nourri des maîtres anciens, mais toujours resté très Français, apporte d’ordinaire un goût naturel et sûr dans ce genre d’adaptation. Il en est peu, parmi ses confrères, même parmi ses cadets, qui rajeunissent avec plus de bonheur et avec moins d’effort les formes traditionnelles par l’infusion d’un esprit jeune et nouveau. Il est vrai qu’il le fait si aisément, d’un air si bon enfant, comme sans y prendre garde, qu’on remarque moins chez lui ce genre d’habileté que chez tel autre qui crie plus fort en obtenant moins, mais qui fait, plus que lui, bon marché du rythme sculptural et de la perfection plastique.

Non loin de sa Circé, M. Delaplanche expose une statue colossale de Vierge destinée à l’église d’Albert ; on y retrouve la même souplesse d’imagination appliquée à un tout autre ordre d’idées. Cette Vierge porte le nom de Notre-Dame de Brebières ; la légende qui s’y rattache est une légende pastorale dont le sculpteur, avec sa délicate bonhomie, a tiré un excellent parti. Sans que la dignité de la mère de Jésus en souffre aucunement, sans que la grandeur calme de son attitude en soit compromise, le sculpteur a donné à son jeune visage la douceur naïve d’un visage de paysanne française, tandis que les plis savamment combinés de sa tunique, de son manteau et de son voile conservent une modeste apparence d’ajustement campagnard. De la main droite, cette madone-bergère tient une houlette ; elle porte assis sur son bras gauche le bambino robuste qui joue avec un agnelet vivace. Deux couples de brebis se pressent aux pieds de la divine pastourelle, les unes se frottant à sa robe, les autres s’endormant innocemment. Une Vierge ainsi comprise produira certainement plus d’effet sur les imaginations populaires que les images froides et banales qu’on place d’ordinaire dans les églises de villages. C’est ainsi que le naturalisme bien entendu peut