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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/891

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Quelle victime le coup a-t-il frappée ? Est-ce une innocente chevrette ou un sanglier brutal ? N’est-ce pas plutôt quelque adorateur téméraire ? C’est ce que semble dire le rictus des lèvres épaisses ; on ne concevrait guère cette moue triomphante à propos d’un misérable quadrupède arrêté dans sa course. Quoi qu’il en soit, cette Diane hardie en son expression autant que hardie en sa pose, cette Diane plébéienne a raison de défendre son corps, car c’est un beau corps, bien proportionné, bien ajusté, agile et nerveux, en fort bon point, bien fait pour susciter des Actéons. La sculpture a rarement produit une œuvre d’une allure plus vivante, d’une plénitude plus souple, d’une facture plus savoureuse. Le marbre, sous la caresse des ciseaux les plus savans, ne s’est jamais mieux transformé en chair palpable et frémissante. Comme exécution, c’est une œuvre hors ligne et dont on se souviendra ; ce serait un chef-d’œuvre, dans le vrai sens du mot, si cette science d’exécution ne s’y marquait parfois, en quelques détails inutiles d’une réalité mesquine, avec trop de complaisance. Chaque artiste doit être doublé d’un ouvrier ; mais si habile que soit cet ouvrier, fût-il supérieur comme dans le cas actuel, sa plus grande habileté est encore celle de se faire oublier.

Les Dianes de M. Lombard et de M. Dampt conservent aussi cette attitude de hauteur méprisante par laquelle nos contemporains croient exprimer la chasteté virginale, tandis que, en réalité, ils ne font guère penser qu’aux impertinens dédains d’une coquette savante. Celle de M. Lombard, toute raidie sur ses jambes maigres, montre, il est vrai, dans la vivacité de son profil et la gracilité de son torse nerveux, une recherche de finesse aristocratique qui donne à son allure une élégance un peu sèche, dans la manière florentine, d’une distinction assez particulière. M. Lombard, pensionnaire de Rome, aime, étudie, comprend, on s’en aperçoit, les âpretés délicates des bronzes un peu maniérés des subtils Toscans du XVe siècle ; sa figure, tout imprégnée de leur âme, gagnera beaucoup par la fonte et ne déplaira point aux dilettanti. Quant à la Diane de M. Dampt, grande figure de marbre non terminée, ce serait, si l’on en croit le livret, une Diane regrettant la mort d’Actéon ; mais, à vrai dire, il n’y paraît guère. N’ayant ajouté à la toilette sommaire dans laquelle nous l’avaient présentée MM. Falguière et Lombard que des sandales de cuir et cette demi-ceinture d’orfèvrerie, soutien provocant de la gorge, dont se pare Aphrodite pour courir le guilledou, cette solide gaillarde, fermement campée sur ses jambes, tenant son arc dans la main droite, la tête un peu penchée en arrière, les yeux à demi clos, semble poursuivre un songe vainqueur, plutôt que s’abîmer en une pensée amère de repentir et de pitié. La signification expressive n’est pas claire, et le