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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/864

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situées à proximité du fit de la Reuss, ont livré passage à des irruptions boueuses.

D’autres matériaux, au contraire, se laissent facilement pénétrer par l’eau. Chaque jour nous avons occasion de voir combien le sable et le gravier sont perméables. Il en est de même de roches qui, sans être aussi poreuses, sont coupées et recoupées de fentes plus ou moins larges. Beaucoup de calcaires compactes se laissent instantanément traverser par l’eau, qui est drainée par leurs crevasses comme par des conduits artificiels.

Le régime des eaux souterraines se montre avec des caractères simples et clairs dans les dépôts connus sous le nom d’alluvions anciennes, de diluvium, de dépôts quaternaires, qui couvrent comme un tapis la plus grande partie des continens. Leurs graviers et leurs sables, associés ordinairement à des limons, absorbent avec une sorte d’avidité l’eau, à travers des interstices qui représentent une fraction notable, quelquefois un tiers du volume total. Arrêtée dans sa descente par des masses imperméables, elle s’accumule en formant une nappe, d’où on la voit exsuder par toutes les entailles qu’on y pratique. Cette nappe, presque superficielle, a reçu différens noms vulgaires : on l’appelle chez nous nappe des puits, nappe d’infiltration ; en Allemagne, grundwasser ; en Angleterre, groundwater ; en Italie, acqua di suolo, acqua di livello. Une dénomination empruntée à la langue grecque, par conséquent cosmopolite, est préférable : celle de phréatique exprime bien sa relation avec les puits ordinaires. Dans le sens horizontal, les nappes phréatiques peuvent occuper de grandes surfaces, même des pays entiers, comme les dépôts arénacés qui leur servent de réceptacles : elles se déploient, presque sans discontinuité, dans la plaine du Rhin, de Bâle à Mayence, et ensuite reprennent au-delà de Coblentz, à la hauteur de Strasbourg ; sur la rive gauche du fleuve seulement, leur largeur dépasse 20 kilomètres.

Il n’est pas toujours besoin d’une excavation artificielle pour que l’existence de la nappe des puits se manifeste. Des échancrures naturelles du sol la font apparaître, par exemple aux environs de Berlin et dans les plaines sablonneuses de la Baltique, où elle alimente de très nombreux étangs et petits lacs. Ailleurs, elle profite de rigoles peu profondes pour sortir en sources limpides, parfois impétueuses et d’un volume tel qu’elles forment, dès leur sortie, de véritables rivières. La grande nappe de la plaine de la Lombardie s’épanche ainsi dans le fit des rivières qui la sillonnent, de sorte que ces dernières, après avoir été mises à sec par les prises d’eau de nombreux canaux d’irrigation, renaissent spontanément plus bas et sans recevoir, en apparence, aucune nouvelle