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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/861

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Bourbon-Lancy. Nos vieux romans de chevalerie, en imaginant une fontaine de Jouvence, où pouvaient se retrouver les forces et les charmes perdus, ne faisaient que reproduire un mythe déjà très répandu aux premiers âges de la Grèce, tant était grande la confiance dans la vertu des eaux.

L’antiquité avait personnifié les sources sous la forme de naïades, jeunes femmes couronnées de plantes aquatiques, tenant en main une coquille ou appuyées sur une urne penchante. L’art moderne adopta cette : allégorie ingénieuse. Chacun connaît les gracieuses figures dont le ciseau de Jean Goujon, a décoré la fontaine des Innocens, et la Nymphe de Fontainebleau, à laquelle Benvenuto Cellini donna un cerf pour attribut, afin de rappeler la source découverte pendant une chasse royale. La fontaine des Haudriettes, à Paris, était surmontée d’une naïade dont Diderot a loué « le caractère fluide et coulant. » Parmi les œuvres de la peinture, est-il besoin de mentionner la plus séduisante de celles que le pinceau d’Ingres nous ait laissées ?

La pérennité des sources, regardée longtemps comme un mystère sacré et impénétrable, était aussi le caractère le plus frappant pour ceux qui, en dehors du domaine de la religion et de la poésie, cherchaient à expliquer ce continuel écoulement. Suivant l’idée d’Aristote, adoptée par Sénèque et très accréditée encore au XVIe siècle, « l’intérieur de la terre renferme des cavités profondes et beaucoup d’air qui doit nécessairement s’y refroidir. Immobile et stagnant, il ne tarde pas à se convertir en eau, par une métamorphose semblable à celle qui, dans l’atmosphère, produit des gouttes de pluie. Cette ombre épaisse, ce froid éternel, cette condensation qu’aucun mouvement ne trouble, sont des causes, toujours subsistantes et agissant sans cesse, de transmutation de l’air. »

Quelque simple et manifeste qu’elle nous paraisse aujourd’hui, l’origine des sources fut reconnue tardivement. Vitruve, dans son ouvrage sur l’architecture, l’avait soupçonnée ; mais ce fut Bernard Palissy qui, à la suite de longues études sur la constitution du pays qu’il habitait, renversa les anciens préjugés. D’après le traité de cet observateur de génie, publié en 1580 sous le titre de Discours admirable de la nature des eaux et fontaines, tant naturelles qu’artificielles, les sources sont engendrées par l’infiltration des eaux de pluie ou de neige fondue qui descendent dans l’intérieur de la terre, au travers des fentes, jusqu’à ce qu’elles rencontrent « quelque lieu foncé de pierre ou rocher bien contigu. » Palissy recherche, en outre ; le moyen d’établir des fontaines artificielles « à l’imitation et : le plus près approchant de la nature, en ensuyvant le formulaire du souverain fontainier ; » il ajoute cette pensée profonde, qui sert aujourd’hui de base à la géologie expérimentale : « d’autant qu’il est