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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/842

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la renaissance, elle est savante, lettrée, artiste ; les peuples retrouvent à Rome leur idéal du moment, une académie épicurienne. Durant les deux siècles qui suivent, la petite cour pontificale ne peut plus rien par les armes contre les grands états qui se constituent ; mais les négociations politiques absorbent l’Europe, c’est par là qu’il faut la ressaisir ; le sacré-collège devient une école supérieure de diplomatie, et la plupart des cabinets sont dirigés par des princes de l’église. Enfin une société issue de la révolution s’engoue du libéralisme ; elle défie le pontificat romain de revêtir cet affublement ; pourtant c’est à la voix d’un pape que l’Italie se réveille, et l’on proclame Pie IX le plus libéral des souverains de son temps.

La cour de Rome renoncerait donc à toutes ses traditions, si elle hésitait à suivre le monde dans les deux voies où il s’engage. Vis-à-vis d’une démocratie cosmopolite, elle ne saurait rester ce que les derniers siècles l’avaient faite, un collège de diplomates italiens. Et par une disposition vraiment providentielle, le monde ne lui demande plus à cette heure de contrevenir à l’esprit et aux origines de l’institution chrétienne, comme aux époques où elle devait prendre les mœurs de la féodalité, celles des monarchies absolues ; il l’invite au contraire à revenir à cet esprit, à ces origines, en se refaisant plus populaire, plus franchement universelle. Tout lui est facile dans la métamorphose si difficile aux états laïques ; tout ce qui est pour eux affaiblissement et danger, dans les voies nouvelles où ils sont entraînés, devient pour l’église une source de force et de sécurité. Les mots eux-mêmes, ces témoins incorruptibles, déposent en sa faveur. Ce mot de révolution, toujours sinistre pour nous, reprend sa valeur étymologique aussitôt qu’on l’applique à l’église, il signifie alors : « retour sur soi-même. » Et tandis que nous sommes embarrassés pour nommer cette force centrifuge qui menace de ruine nos patries terrestres, tandis que nous inventons des vocables fâcheux et barbares, cosmopolitisme, internationalisme, décentralisation, — l’église a depuis le premier jour un mot qui dit les mêmes choses, qui les dit mieux, avec une confiance superbe : Catholicisme. Voilà des rencontres surprenantes, bien faites pour nous jeter dans une profonde considération.

L’église est catholique, « selon tous ; » sa patrie est dans tout lieu où deux de ses fils récitent son symbole ; en étendant ses prises sur le globe, elle se fortifie, bien loin de s’affaiblir comme nous ; à l’image de son Dieu, elle est le fameux cercle dont le centre est partout, la circonférence nulle part. A ce seul point de vue, il semble que notre siècle travaille pour elle, quand il unifie le monde, comme la Rome impériale travailla jadis. Mais l’église est aussi démocratique par essence ; en épousant la cause des multitudes, en se faisant la