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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/840

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demander si toutes les erreurs révolutionnaires furent autre chose que de l’évangile aigri, « la vérité dont on abuse, » comme disait ce grand voyant ; il serait temps de chercher avec l’église, non plus les moyens de barrer le torrent, mais ceux de lui rendre sa limpidité et sa vertu bienfaisante. Je ne veux pas pousser des idées qui ne sont pas mûres. Mettez encore des tombes, beaucoup de tombes ; ceux qui regarderont par-delà apercevront un jour la relation entre le développement du christianisme et la révolution française, comme nous l’apercevons entre la fièvre éruptive d’un jeune corps et la croissance nécessaire de ce corps. Seule, aujourd’hui, l’église est inspirée d’assez haut pour discerner cette unité de cause dans les transformations qui renouvellent la France, le monde et l’institution catholique : transformations dont l’initiative est partie de chez nous. Notre chère France royale a servi le christianisme, souvent à son insu, et en poursuivant d’autres intérêts ; notre chère France nouvelle le servira de même. La première devait fouler le monde de son épée, pour y porter la croix ; la seconde a eu commission de révolutionner ce monde, comme le laboureur de défoncer le champ, pour qu’après lui quelqu’un passe et sème. L’église, qui garde la semence, ne doit pas perdre de vue le laboureur. Mais oublions notre pays. Considérons l’évolution politique de l’église. Ceci exige quelques développemens.

Les sociétés civilisées sont travaillées à l’heure présente par un double mouvement, qui les égalise au dedans, qui les dissémine au dehors. Elles deviennent démocratiques et cosmopolites. Avec plus ou moins d’intensité et de vitesse suivant les pays, les masses populaires font la conquête de l’Europe, l’Europe fait la conquête du globe. Au-dessus de toutes les agitations secondaires, ces deux mouvemens bien caractérisés donneront aux historiens futurs la physionomie de ce grand siècle. Car c’est un très grand siècle, n’en déplaise à tous les cœurs qu’il a froissés dans de chères habitudes ; bien aveugles ceux qui le quitteront sans être fiers d’y avoir vécu ! Toutes les inventions merveilleuses de notre époque sont accommodées à ces deux exigences : elles servent les besoins et ajoutent à la force du plus grand nombre ; elles suppriment l’espace et le temps. La démocratie, à travers ses incertitudes et ses mécomptes, tend vers une fin unique : rendre les conditions de vie plus faciles et plus équitables pour la multitude des hommes. Durant la première période de son développement, on l’a amusée avec le libéralisme parlementaire ; elle est lasse aujourd’hui de ce jeu de son enfance ; elle découvre son véritable objet et n’a plus qu’un souci : la question sociale. Le mélange des peuples européens et leur expansion sur le globe tendent vers une autre fin : répandre sur toute la