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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/839

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plutôt que d’en troubler le fonctionnement, elle vient de renoncer avec sagesse, dans cette même Chine, à une intervention directe qui lui tenait pourtant fort à cœur. Elle soit que partout, prêtre ou laïque, le Français qui ouvre une école au dehors travaille pour l’évangile, c’est-à-dire pour elle ; qu’il le veuille ou non, sa langue et les idées qu’elle exprime font cette besogne divine, alors même qu’il la réprouve ; comme un vase où l’on peut mettre tous les poisons, mais qui répand partout où on le porte l’ancien parfum dont il est imprégné. L’église a profité de cette alliance dans le passé, elle en profite dans le présent ; elle en aura un besoin plus impérieux encore dans l’avenir, on le comprendra tout à l’heure, quand je traiterai de l’expansion du catholicisme. Même réconciliée avec l’Italie, l’église ne trouverait pas dans les missionnaires italiens des instrumens aussi efficaces, aussi universels que ceux dont la France dispose ; à moins qu’elle ne se résigne à être plus italienne que catholique, et nous allons voir combien son mouvement général l’emporte dans un sens contraire. L’église ne voudra pas refroidir ses auxiliaires à la veille d’une entrée en campagne.

Ces raisons ne suffiraient peut-être pas pour convaincre la cour de Rome, si elle était un état comme les autres, traitant ses intérêts au comptant d’après le principe do ut des. Tel n’est pas le cas. L’église est de sa nature un état mystique, elle se conduit par des vues pénétrantes qui embrassent l’avenir au-dessus du présent ; on ne risque pas de l’étonner en lui demandant de négliger les effets contradictoires pour remonter jusqu’à l’unité de cause. On peut lui dire hardiment que si la France lui est indispensable en tant que missionnaire du catholicisme, elle lui sera nécessaire en tant que missionnaire de la démocratie, comme le levain est nécessaire au boulanger. Je crois à l’identité des grandes lois qui régissent le monde de la matière et le monde moral ; je crois qu’il faut appliquer à la philosophie de l’histoire ces lois que la science vient de généraliser pour les organismes physiques. On ne guérit plus un mal par les contraires, ou par la saignée ; on le guérit en lui demandant à lui-même son propre remède. Nous sommes malades, je n’ai garde d’y contredire, mais nous le sommes comme le sujet de clinique, dévoué par une destination mystérieuse au service de tous ; nous le sommes afin de fournir au vaccinateur le virus dont il a besoin pour ses inoculations sur tous ceux que notre maladie menace. De ce point de vue seulement, nous pourrons enfin découvrir une théorie raisonnable de la révolution que nous avons déchaînée sur le monde et de ses conséquences dernières. La maudire est un plaisir stérile et bien usé ; voilà cent ans qu’on le fait à Rome, cela n’a pas avancé beaucoup. Il serait temps de se