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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/836

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Au point de vue des rapports internationaux, la partie liée avec l’empire allemand ne serait pas moins périlleuse, si l’on s’y engageait trop avant. Cet empire exerce dans le monde une hégémonie incontestée, il l’exerce durement ; par cela même, quiconque se laisse entraîner dans son orbite se condamne à froisser beaucoup d’intérêts. Est-ce là une perspective enviable pour le père commun, pour celui qui a besoin de tous et dont tous ont besoin ? Depuis quelque temps surtout, l’état de l’Europe est si précaire, les divisions et les défiances se sont tellement envenimées, qu’une puissance neutre comme celle de l’église ne saurait pencher d’un côté sans déchaîner contre elle les suspicions et les ressentimens. De mauvais bruits ont couru ; l’église aurait été sollicitée d’employer son influence à germaniser certaines provinces récalcitrantes sur la Vistule ou sur le Rhin. Nous voulons tenir ces rumeurs pour absurdes ; la prudence et l’équité de Léon XIII nous sont garantes qu’il n’ira jamais jusqu’à s’entremettre dans ces expériences ethnographiques, qui doivent se poursuivre librement, à l’abri de toute ingérence extérieure. Mais c’est déjà trop que de pareils bruits aient pu trouver créance. Toutes les nations sont intéressées à l’exacte neutralité du saint-siège ; l’une d’elles, la France, y est doublement attentive. Nous avons prouvé assez clairement notre volonté de vivre dans d’honnêtes rapports avec l’Allemagne, pour qu’il soit inutile de recourir à des hypocrisies de langage qui ne trompent personne : tant que la situation actuelle ne sera pas détendue, les amis trop intimes de notre voisine nous seront quelque peu suspects. Ceci d’ailleurs n’est point particulier au temps présent et à nos deux nations ; c’est l’ABC de la diplomatie de se tenir en garde contre les voisins, et, par voie de conséquence, contre les trop grands amis des voisins. Si la cour de Rome se plaçait dans cette dernière catégorie, si quelque grief positif coïncidait avec cette attitude, comme cela a failli se produire dans le différend de Chine, quelles armes l’église ne donnerait-elle pas à tant d’ennemis qui la guettent chez nous ? Jusqu’ici, devant sa politique conciliante et irréprochable, ils ont été réduits à des criailleries stupides, à un voltairianisme d’estaminet. Le jour où par mégarde elle blesserait la fibre nationale, il n’y aurait plus qu’un sentiment dans ce pays ; derrière la France de 1793, Rome trouverait la France de 1682.


III

Dès qu’on est amené à toucher les rapports de l’église avec notre pays, une objection se lève, et j’en reconnais toute la force. La cour