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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/821

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Il y a aujourd’hui neuf ans, j’assistais dans la chapelle Sixtine à l’exaltation de Léon XIII. On avait longtemps balancé entre deux projets : un couronnement dans Saint-Pierre, avec toute la solennité et l’apparat des anciens jours, ou une modeste cérémonie dans l’étroite chapelle du Vatican. Au dernier moment, on s’était résigné à la seconde solution, comme à la plus convenable au malheur des temps. Et tout semblait donner raison aux conseillers timides. Quelques jours auparavant, l’Italie venait d’ensevelir au Panthéon le roi qui l’avait faite. C’était la prise de possession suprême de la capitale ; la douleur nationale respirait l’orgueil du triomphe. Rome était tout attentive au bruit de ces magnifiques obsèques ; on pouvait la croire indifférente à la fête domestique du Vatican ; à l’avènement de ce vieillard d’une réputation discrète, que rien encore n’avait ébruitée. D’autres vieillards l’apportèrent sur la sedia gestatoria ; ils se serraient autour de lui dans l’enceinte exiguë de la Sixtine. C’était une pompe sourde et morne. Quelques fidèles, quelques curieux, des reporters anglais et américains qui dessinaient sur leurs calepins. Du haut de la voûte, d’autres spectateurs regardaient, sévères et presque irrités, ceux-là : Michel-Ange leur a donné toute la tristesse de sa pensée. Les Sybilles, les Prophètes semblaient jeter des prédictions mélancoliques au cortège qui troublait leur repos ; ombres pâlies que chaque jour décolore, leur témoignage avertissait ces ombres vivantes que le temps n’épargne aucune grandeur. Les cloches ne sonnaient pas ; c’était mieux ; si