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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/715

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de remettre l’équilibre dans le budget, de raffermir le crédit ébranlé par l’exagération des emprunts. Il y a dans le scrutin du 17 mai un sentiment tout aussi saisissable : c’est une méfiance profonde à l’égard d’un ministre de la guerre qui, avec ses turbulences et ses infatuations, a fini par être un danger, et ce qui était dans le scrutin du Palais-Bourbon a été rendu plus sensible encore depuis par la démarche directe, un peu extraordinaire même, que des sénateurs républicains n’ont pas craint de faire à l’Elysée. C’était tout au moins un indice, le signe d’un état d’esprit qui n’avait rien de radical. La vérité est qu’on en a tenu compte, et que, la crise à peine ouverte, on ne s’est plus occupé que de rallier des groupes, de ménager les radicaux, d’essayer encore une fois des combinaisons de parti sous le nom de concentration républicaine.

C’est l’œuvre qu’on poursuit depuis douze jours dans une série de tentatives aussi variées que vaines. Nous n’avons pas eu un nouveau ministère Freycinet, mais nous avons failli l’avoir. C’est entendu, M. de Freycinet est l’homme à tout faire, et il a été encore une fois appelé en consultation ; il a même été appelé le premier. A quoi, cependant, pouvait-il servir sérieusement ? S’il y a une chose certaine, avérée, c’est que depuis dix ans M. de Freycinet est un de ceux qui ont le plus contribué à créer les difficultés politiques et financières de la situation dans laquelle se débat aujourd’hui le pays. Plus que tout autre, il a eu la main dans tout ce qui a compromis nos affaires. C’est lui surtout qui a donné le signal des projets démesurés, des dépenses fastueuses, et des emprunts sous lesquels plient aujourd’hui nos budgets et nos finances. C’est lui qui, avec ses décrets, a ouvert les guerres religieuses, l’ère des persécutions meurtrières pour la paix morale de la France. Le jour où il s’est cru intéressé, pour se tirer d’une difficulté parlementaire, à proposer l’expulsion des princes, il n’a en garde de refuser ce gage inique aux passions extrêmes : il a signé l’exil des princes de la même main qui avait signé l’amnistie en faveur des insurgés de la commune ! Toutes les fois qu’il a été au pouvoir, il n’a en d’autre souci que de désarmer, de gagner les radicaux en leur livrant tout, et on peut dire que c’est par lui surtout qu’existe cette situation étrange où un ministère républicain ne peut plus vivre qu’en payant rançon aux partis extrêmes, aux passions révolutionnaires. Est-ce pour reprendre ou continuer cette politique que l’ancien président du conseil serait revenu à la direction des affaires ? Il le parait bien, puisqu’il n’a été arrêté dans ses combinaisons que par les manifestations qui se sont produites contre quelques-uns de ses choix. M. de Freycinet n’a pas voulu passer tout à fait aux radicaux, il n’a pas voulu non plus paraître rompre avec eux, et, faute d’avoir pu recommencer ses expériences avec ses fidèles alliés, il est resté dans sa retraite le ministre disponible de toutes les ambiguïtés.