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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/699

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donnerais avec ivresse ma vie pour votre salut ! Mais il est évident que je ne vous aime pas ! .. Tenez, en voulez-vous la preuve ? c’est que je voudrais être votre frère ! oui, pour avoir le droit de prendre vos mains dans les miennes, de poser votre tête sur mon épaule, de vous parler cœur à cœur.., pour avoir le droit enfin de vivre et de mourir pour vous ! .. Vous le voyez bien, je ne vous aime pas, madame, je ne vous aime pas ! .. » — Si Galilée l’entendait ! .. Nous l’entendons, et nous reconnaissons le pèlerin. Dans le roman, il n’avait pas cette importance ; d’ailleurs, par une précaution du Saint-Office, il était muet : le bourreau lui avait arraché la langue. M. Paul Meurice la lui a rendue, et, augmentant son rôle, il lui a prêté une éloquence digne de l’emploi : n’est-ce pas en même temps Hernani, Pic de la Mirandole et M. Delaunay, — au demeurant, un pantin ? .. Un homme, avec deux mots, nous en dirait plus que lui ! Jargon, caractère, intrigue et sujet, tout ce qui ne rappelle pas l’humanité nous est étranger : nous n’aimons ce romanesque et romantique ouvrage que pour ce qu’il offre d’humain. Comment donc publier que le succès de cette reprise est une victoire de la convention sur la vérité ?

Mais en face de nous se dresse encore Marie-Jeanne, ce redoutable monument de la jeunesse de M. d’Ennery, ce mélodrame illustre. Une femme du peuple et une grande dame se sont mariées le même jour, à deux autels voisins. La grande dame aborde la femme du peuple et lui tient ce langage : « Il me semble que ce n’est pas un simple hasard qui nous a réunies à l’église, et pour un acte bien solennel pour chacune de nous. » Non, en effet, ce n’est pas pour rien qu’elles se sont rencontrées. Dix-huit mois après, la grande dame est veuve et son enfant est malade. « Sauvez-le, a-t-elle dit au médecin, et je vous épouserai. » Or, ce médecin, condamné en Italie comme faussaire, vivant à Paris sous un nom d’emprunt, est léger de scrupules aussi bien que de science : ayant laissé mourir le précieux petit être, il le remplace dans son berceau par un autre ; et cet enfant qu’il a volé, quel est-il ? Celui de la femme du peuple mariée le même jour que la grande dame. Venue en visite chez sa noble amie, la mère le reconnaît et le réclame ; le médecin la fait enfermer comme folle. Mais le directeur de cette maison de santé, où les promeneurs entrent facilement, ouvre volontiers la grille à ses pensionnaires. Aussi bien une mère passe partout : la voici, la femme du peuple, qui pénètre chez la grande dame, le jour même où le docteur fait signer le contrat de son mariage. De force et clandestinement, elle va reprendre son fils : le docteur la surprend, il veut la tuer sur place. Mais le mari de la femme du peuple et le cousin de la grande dame enfoncent la porte. Ce cousin est un brave jeune homme, qui aimait sa cousine avant le premier mariage et après. Il a paru se retirer, il y a quelque temps, persuadé par cette maxime du docteur : « L’amour