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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/695

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il écrivait, à propos de François le Champi : « La toile se lève et nous montre un intérieur rustique très simple,.. une excellente décoration,.. qui persuade doucement comme la réalité… Cela ne ressemble en rien aux chaumières d’opéra comique,.. nous n’avons pas affaire à des Jeannots et à des Colins. Ce qui donne de la valeur à l’œuvre, c’est le naturel parfait, le sentiment profond de la nature rustique… Les paysans d’Adolphe Leleux ne sont pas plus vrais, plus naïfs, plus robustement plantés sur leurs jambes que ceux de Mme Sand. » Un peu plus tard, à propos de la Petite Fadette, le même juge déclarait : « Balzac, habitué à des natures complexes, a le tort de faire de ses paysans des Talleyrands en blouse et des Metternichs en sabots. Mme Sand y convient mieux, par une candeur puissante et par la placidité de son style. » Enfin, le 13 janvier 1851, à propos de Claudie : « George Sand a eu cet avantage de se mêler à la vie des champs, de connaître familièrement ses modèles, et de pénétrer dans l’intimité de la chaumière ; ses paysans ne sont donc pas des paysans d’opéra comique, des Jeannots en veste tourterelle et en culotte de satin. Ils patoisent et portent des chemises de grosse toile, de larges braies et des vestes élimées ; c’est la différence d’un Adolphe Leleux à un Boucher. » — Leleux ! encore ce nom : Entendez ce qu’il signifie : Leleux est ici comme serait Courbet. — Ose-t-on soutenir, après cela, que George Sand portait la bannière de la convention ? Dans ses drames champêtres, elle fut toujours sincère, et, pour sa récompense, presque toujours véridique. Aussi bien, nous l’avons vu, c’est par ce qu’il renferme de vérité que cet ouvrage nous intéresse encore. Il se peut que M. Paul Mounet, sous la chevelure prophétique du père Rémy, soit aussi imposant que Bocage, et qu’il le soit même un peu trop. Il est certain que Mme Crosnier, sous le bonnet de la mère Fauveau, est aussi excellente comédienne que personne ; et je croirai difficilement que dame Rose, à l’origine, fût plus belle et mieux délurée que Mlle Dheurs. Quoique M. Barré, sans doute, l’ait représenté avec plus de rondeur, j’accorde que M. Colombey, acteur minutieux et malin, nous offre un Denis Ronciat fort agréable. Enfin, quelque idée que j’aie de Lia Félix, j’ai peine à imaginer une Claudie plus gracieuse et plus ferme, plus modeste et plus touchante que Mlle Panot. Mais, pas plus que leurs devanciers, tous ces artistes n’auraient « fait de Claudie un spectacle émouvant et vrai, » si ce spectacle, en lui-même, n’avait possédé cette double vertu, — s’il n’avait dû, en effet, nous émouvoir par sa vérité.

Voici, à présent, les Beaux Messieurs de Bois-Doré. S’il est un ouvrage dispensé, par définition, de rien présenter qui soit conforme au réel, c’est apparemment celui-ci. George Sand, lorsqu’elle a écrit le roman, ne s’est pas souciée d’être sincère, mais amusante. Elle arrivait au déclin de l’âge, sinon du talent ; elle s’est plu à ce