Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/690

Cette page n’a pas encore été corrigée


de la convention : nos théoriciens de conclure, et de conclure avec joie, que la convention, à la scène, prévaut et prévaudra toujours sur la vérité. Il se peut que cette joie, en présence de M. Zola, soit malicieuse ; il se peut aussi qu’elle parte d’un bon naturel : voilà les auteurs dispensés de la recherche de l’inconnu, et le public dispensé de les accompagner en ce voyage de découverte ! Plus d’inquiétudes, plus de risques ! Il suffît de faire machine en arrière pour rencontrer l’eldorado ! — Mais la cause de la vérité est-elle liée si étroitement à celle de Renée, ou même à celle de M. Zola ? Nous savons qu’il n’en est rien. Est-ce le charme de la convention qui vaut ce regain de faveur à Claudie, aux Beaux Messieurs de Bois-Doré, à Marie-Jeanne ? Il est permis, au moins, de poser le problème, et de l’étudier avant de le résoudre.

Le sujet de Claudie est-il pris de la réalité, ou bien est-ce une fiction laborieuse ? Une jeune fille a été séduite, elle est devenue mère, elle a été abandonnée ; malgré la révélation de sa faute, un honnête homme l’épouse. M. Dumas, il y a deux ans, a transporté ce sujet de la ferme au château, des classes populaires dans le monde ; J’œuvre de George Sand, aujourd’hui, est moins présente que la sienne à toutes les mémoires ; en la revoyant, on s’écrie : « C’est Denise aux champs ! » L’histoire, sous sa première forme, est-elle plus extraordinaire que sous la seconde ? Nullement. S’il peut arriver, dans la bourgeoisie, qu’une fille soit mal gardée, attaquée vivement, amoureuse et faible, et qu’un enfant naisse en cachette, cela se voit aussi dans les campagnes ; il est même reconnu que le chaume, un soir de moisson, est plus glissant qu’un parquet. D’autre part, où ce dommage est le plus fréquent, c’est là justement que la réparation par un tiers est le plus facile, donc le plus croyable. Pour épouser Denise, il faut que le comte de Bardannes soit orphelin, ami d’un philosophe, et courageux contre le préjugé ; encore, à l’annonce de cette union, les gens de peu de charité ou de peu de foi redisent-ils le mot de Barantin, le disciple récalcitrant de Mme Aubray : « C’est égal, c’est raide ! » Ils ne prennent leur parti de ce dénoûment que par indulgence pour la manie de l’auteur : « C’est les Idées de M. Dumas ! » Mais les mœurs rustiques sont plus accommodantes que les nôtres, et nous le savons. Il n’est pas scandaleux ni rare qu’un paysan, désireux de fonder une famille, choisisse une compagne qui a fait ses preuves avec un autre : au moins le souvenir de cet accident n’est-il pas un obstacle au mariage ; il ne peut qu’animer les fiançailles. Oui, vraiment, une petite lutte s’établit dans le cœur du jeune homme et dans celui de la jeune fille, si d’aventure ils ont la conscience délicate et sont épris l’un de l’autre ; mais la fin de cette lutte est naturellement heureuse, et elle n’étonnera personne. Ce double combat est ce qu’il faut pour, que l’idylle acquière l’intérêt d’un drame ; en sommes-nous témoins, nous croyons volontiers nos yeux : nulle fantasmagorie dans ce spectacle.