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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/689

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Odéon : Claudie. — Porto-Saint-Martin : les Beaux Messieurs de Bois-Doré. — Ambigu : Marie-Jeanne.


L’avant-veille, à l’Ambigu, « le tout-Paris des premières » avait vu l’Assommoir ; au Vaudeville, ce soir-là, il voyait l’Aventure de Ladislas Bolski. La fine prose de M. Cherbuliez s’envolait des lèvres de Mme Pasca, revenue à peine de Russie, surprenante par son grand air sous les cheveux blancs de la mère du héros. Quand le rideau tomba sur le premier acte, une voix de jeune femme, derrière moi, dans l’orchestre, exhala cette phrase, comme un soupir articulé : « Ah ! deux jours après l’Assommoir.., à la bonne heure, c’est distingué… : ça soulage, sacré nom d’un chien ! » — On me pardonnera, je l’espère, de citer cette naïve parole : c’est l’expression la plus heureuse d’un sentiment que j’ai reconnu dans mainte salle de théâtre, et plusieurs fois en ces derniers temps. Tout de suite après Renée, voici Marie-Jeanne, les Beaux Messieurs de Bois-Doré, Claudie ; « Ah ! ces vieilles pièces, murmure le spectateur, elles donnent plus de plaisir que bien des jeunes… » Claudie, en effet, à toute époque, est préférable à Renée ; de même, sans doute, les Beaux Messieurs de Bois-Doré ; de même, je le veux bien, Marie-Jeanne. Tout ceci, d’ailleurs, après le ragoût de M. Zola, est un rafraîchissement ; qu’on le savoure avec délices, j’en suis fort aise. Je demande seulement que le public ne prenne pas le change sur les raisons de sa jouissance, et je vois avec peine que plusieurs beaux esprits l’y invitent. Ces nouvelles pièces, qui ne trouvent guère de chalands, sont produites sous l’enseigne de la vérité ; ces vieilles, au contraire, qui obtiennent la vogue, il est admis qu’elles sont tirées du magasin