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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/676

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C’est une curieuse destinée que celle du comte de Beust. Cet homme d’esprit, ce politique avisé et subtil, a éprouvé de cruelles déceptions et des joies inespérées, il a connu tour à tour la lune du miel et la lune de l’absinthe ; aucun homme d’état n’a eu plus à se plaindre et plus à se louer de la fortune. Il avait été durant dix-sept ans le ministre dirigeant du royaume de Saxe ; mais ce rôle honorable et modeste ne suffisait pas à son inquiète ambition. Il aspirait à devenir le chef de file de tous les états allemands de second ordre, à les discipliner, à les grouper autour de lui, à donner à cette ligue improvisée assez de cohésion pour qu’elle pût tenir la balance entre la Prusse et l’Autriche. Il fut réveillé de son rêve par le canon de Sadowa. Le vainqueur nourrissait contre lui de si âpres rancunes que le roi Jean, bien à regret, dut renoncer à ses services, se séparer à jamais de l’homme qui possédait son affectueuse confiance. Il se voyait condamné à rentrer dans la vie privée ; il s’occupait déjà, a-t-il dit, à chercher quelque moyen de vivre de sa plume, lorsque, au mois de septembre 1866, l’empereur François-Joseph le choisit pour son ministre des affaires étrangères, et peu de temps après, par un étonnant retour de fortune, ce